Iconostase doree monumentale d'une cathedrale orthodoxe russe avec cinq registres d'icones

L'iconostase : comprendre le cœur de l'église orthodoxe

18 mars 2026 · 18 min de lecture

Cloison d'icones qui separe le sanctuaire de la nef, l'iconostase est l'élément architectural le plus distinctif de l'église orthodoxe. Bien plus qu'une barriere physique, elle est une théologie en images, une fenetre ouverte entre le visible et l'invisible. Du simple templon paleochretien a l'iconostase monumentale a cinq registres des cathedrales russes, elle raconte quinze siècles d'evolution artistique et spirituelle. Ce guide en decrypte chaque registre, chaque porte, chaque symbole.

Qu'est-ce que l'iconostase : definition et fonction liturgique

Le terme iconostase (du grec eikonostasion, "support d'images" ou "lieu ou se tiennent les icones") designe la cloison d'icones qui separe le sanctuaire (bema ou altar) de la nef (naos) dans les églises de rite byzantin. Elle s'etend d'un mur lateral a l'autre, du sol au plafond dans les edifices les plus monumentaux, et comporte trois portes : les portes royales (tsarskie vrata) au centre, et deux portes diaconales (diakonnye dveri) de chaque cote.

La fonction de l'iconostase est double et paradoxale. D'un cote, elle separe l'espace sacre (le sanctuaire, ou s'accomplit le mystère eucharistique) de l'espace profane (la nef, ou se tiennent les fidèles). De l'autre, elle unit le ciel et la terre par les icones qui la couvrent : chaque icone est, dans la théologie orthodoxe, une fenetre sur le monde celeste, une présence reelle du saint represente, qui permet au fidèle d'entrer en communion visuelle avec le monde invisible.

Le père Pavel Florenski (1882-1937), théologien, mathematicien et martyr du régime sovietique, a donne la formulation la plus célèbre de cette dualite dans son œuvre L'Iconostase (1922) : "Si l'iconostase etait une simple barriere, elle serait un obstacle. Mais l'iconostase est une vision : elle rend visible ce qui est invisible." Florenski comparait l'iconostase a la surface d'un lac : elle reflete le ciel pour ceux qui regardent depuis la terre, et la terre pour ceux qui regardent depuis le ciel. Pour decouvrir l'art qui orne ces structures, consultez notre guide sur les icones orthodoxes.

Du point de vue liturgique, l'iconostase ponctue les mouvements du clerge entre le sanctuaire et la nef. Les portes royales sont ouvertes et fermees a des moments précis de la Divine Liturgie : ouvertes pour la Petite Entree (l'entree avec l'Évangile), la Grande Entree (la procession des Dons eucharistiques), et la communion des fidèles ; fermees pendant les moments de consecration les plus sacres. Le rideau (katapetasma) qui se trouve derriere les portes royales ajoute un degre supplementaire de révélation/occultation, evoquant le voile du Temple de Jerusalem.

L'evolution historique : du templon paleochretien au mur d'icones

L'iconostase telle que nous la connaissons est le resultat d'une evolution de quinze siècles. Les premières églises chretiennes ne possedaient pas d'iconostase au sens actuel. Le sanctuaire etait separe de la nef par un simple chancel (barriere basse en marbre ou en bois, de 1 a 1,5 metre de hauteur), surmonte parfois de colonnes supportant une architrave (poutre horizontale) appelee templon (du latin templum). Des rideaux pouvaient etre tendus entre les colonnes.

Les premiers temoignages de templon datent du IVe siècle. Eusebe de Cesaree (vers 265-339) decrit dans sa Vie de Constantin des barrieres en bois sculpte separant le sanctuaire. Le Concile in Trullo (692, canons 69 et 81) mentionne l'usage de rideaux dans le sanctuaire. Au Ve-VIe siècle, des icones commencent a etre fixees sur la poutre du templon : d'abord une croix centrale, puis des images du Christ et de la Theotokos. L'église Sainte-Sophie de Constantinople, construite en 532-537, possedait un templon a colonnes d'argent avec douze icones sur la poutre — la première iconostase attestee, bien que très différente de l'iconostase russe.

L'iconoclasme byzantin (726-843), cette crise théologique qui faillit detruire l'art sacre chretien, eut paradoxalement un effet catalyseur. Après le Triomphe de l'Orthodoxie (11 mars 843, premier dimanche de Carême, restauration definitive des icones par l'imperatrice Theodora et le patriarche Méthode Ier), le culte des icones fut reaffirme avec une vigueur nouvelle. Le templon se transforma progressivement en une structure plus haute et plus fournie en icones, surtout dans le monde slave.

L'evolution decisive se produisit en Russie entre le XIVe et le XVe siècle. C'est a Theophane le Grec (vers 1340-1410), peintre d'origine byzantine emigre a Moscou, et surtout a Andrei Roublev (vers 1360-1430) qu'on attribue la creation de l'iconostase haute a plusieurs registres. L'iconostase de la cathedrale de l'Annonciation du Kremlin de Moscou (vers 1405), a laquelle Theophane et Roublev collaborerent, est consideree comme la première iconostase monumentale complete, avec un Deisis (rang intercesseur) en pied, grandeur nature, qui marque une rupture avec les petites icones en buste du templon byzantin.

Iconostase ancienne de style byzantin bas avec templon et icones sur poutre dans une église grecque
Du templon bas paleochretien a l'iconostase haute russe : quinze siècles d'evolution de la cloison sacree.

Les cinq registres de l'iconostase russe classique

L'iconostase russe classique, dans sa forme achevee du XVe-XVIIe siècle, se compose de cinq registres (rangees) superposes, chacun portant un programme iconographique specifique. Lus de bas en haut, ces registres racontent l'histoire du salut depuis les patriarches bibliques jusqu'a l'Incarnation du Christ.

RegistreNom russeContenu
1. Rang localmestny riadChrist, Theotokos, icone de la fête du temple, saints patrons locaux
2. Rang du Deisisdeisousny riadChrist en majeste, Theotokos, Jean-Baptiste, archanges, apôtres
3. Rang des fêtesprazdnitchny riadLes douze grandes fêtes du calendrier liturgique
4. Rang des prophètesprorotcheski riadProphètes de l'Ancien Testament annoncant le Messie
5. Rang des patriarchespraotetcheski riadPatriarches bibliques, d'Adam a Moise

1. Le rang local (mestny riad)

Le registre inférieur, a hauteur des yeux des fidèles, est le rang local. Il contient les icones les plus venerees de la paroisse et celles auxquelles les fidèles s'adressent directement. Sa composition est relativement fixe : a droite des portes royales, l'icone du Christ (généralement le Christ Pantocrator) ; a gauche, l'icone de la Theotokos (la Vierge a l'Enfant). A cote de l'icone du Christ, l'icone de la fête du temple (le saint ou l'événement auquel l'église est dediee). Les icones restantes varient selon les églises et comprennent souvent les saints patrons locaux, les icones miraculeuses ou particulierement venerees par la communauté.

2. Le rang du Deisis (deisousny riad)

Le deuxieme registre est le Deisis (du grec deisis, "prière", "intercession"). C'est le registre central et le plus ancien de l'iconostase, present des les premiers templons. Au centre trone le Christ en majeste (Christ en gloire, assis sur un trone, ou debout), généralement dans la variante du Christ Pantocrator (Tout-Puissant) ou du Christ en gloire (entouré de la mandorle). A sa droite (a gauche pour le spectateur) se tient la Theotokos (la Vierge Marie), tournee vers le Christ en geste d'intercession ; a sa gauche, saint Jean-Baptiste (le Precurseur), dans la meme posture. Ce trio — Christ, Vierge, Precurseur — forme le Deisis au sens strict. De part et d'autre se deploient les archanges Michel et Gabriel, puis les apôtres Pierre et Paul, et d'autres saints en nombre variable, tous tournes vers le Christ en attitude de supplication. Le Deisis represente l'Église celeste intercedant pour l'Église terrestre — le cœur théologique de l'iconostase.

3. Le rang des fêtes (prazdnitchny riad)

Le troisieme registre présente les douze grandes fêtes du calendrier liturgique orthodoxe, dans l'ordre chronologique (et non calendaire) :

  • Nativite de la Theotokos (8 septembre)
  • Exaltation de la Croix (14 septembre)
  • Presentation de la Vierge au Temple (21 novembre)
  • Nativite du Christ (25 décembre)
  • Théophanie (6 janvier)
  • Presentation du Christ au Temple (2 février)
  • Annonciation (25 mars)
  • Entree a Jerusalem (Rameaux)
  • Ascension
  • Pentecote
  • Transfiguration (6 aout)
  • Dormition de la Theotokos (15 aout)

Les icones des fêtes sont généralement plus petites que celles du Deisis et forment une frise narrative qui resume le cycle liturgique annuel.

4. Le rang des prophètes (prorotcheski riad)

Le quatrieme registre represente les prophètes de l'Ancien Testament qui ont annonce la venue du Messie : Isaie, Jeremie, Ezechiel, Daniel, Elie, Elisee, Moise, Aaron, et d'autres selon l'espace disponible. Les prophètes sont généralement representes debout, tenant un rouleau deploye avec une citation de leur prophetie messianique. Au centre du rang se trouve souvent l'icone de la Vierge du Signe (Znamenie), representant la Theotokos les bras leves en prière avec l'Enfant Jesus inscrit dans un medaillon sur sa poitrine — image de l'accomplissement des propheties.

5. Le rang des patriarches (praotetcheski riad)

Le registre supérieur, le plus éloigné des fidèles, represente les patriarches bibliques : Adam, Abel, Seth, Noe, Abraham, Isaac, Jacob, Moise (bien que ce dernier soit aussi un prophète). Ce rang, qui n'apparait qu'au XVIe siècle, évoque l'Église ante-diluvienne et l'Ancienne Alliance. Au centre, l'icone de la Trinite (souvent dans la variante de l'Hospitalite d'Abraham, celebrisee par Roublev) ou du Dieu Père (bien que la représentation du Père soit theologiquement discutee en orthodoxie). L'ensemble du rang des patriarches symbolise l'attente du salut par l'humanite depuis la creation.

Schema des cinq registres d'une iconostase russe classique avec les rangs local, Deisis, fêtes, prophètes et patriarches
Les cinq registres de l'iconostase russe : du rang local au rang des patriarches, une théologie visuelle du salut.

Les portes royales : seuil entre le visible et l'invisible

Les portes royales (tsarskie vrata) sont l'élément central et le plus sacre de l'iconostase. Situees au milieu du rang local, elles sont les seules a donner directement sur l'autel (la Table sainte) et ne peuvent etre franchies que par le clerge ordonne portant les Dons eucharistiques ou l'Évangile.

Le nom "royales" ne fait pas référence au tsar ou au roi terrestre, mais au Christ-Roi qui passe a travers elles lors de la liturgie. Quand le prêtre franchit les portes royales avec les Saints Dons (le pain et le vin consacres), il represente le Christ entrant dans le monde pour nourrir son peuple. Quand il les franchit avec l'Évangile (Petite Entree), il represente le Christ venant enseigner.

Les portes royales sont généralement ornees de quatre ou six icones. Le programme classique comprend :

  • L'Annonciation : l'archange Gabriel et la Vierge Marie, un sur chaque vantail, car ce moment marque l'ouverture du ciel a la terre
  • Les quatre evangelistes (Matthieu, Marc, Luc, Jean), qui ont ouvert la porte de la connaissance du Christ au monde
  • Parfois les saints diacres Etienne et Laurent
  • Parfois les saints hierarches Basile, Jean Chrysostome et Gregoire le Théologien

Au-dessus des portes royales se trouve toujours l'icone de la Cene (la Dernière Cene), rappelant que l'Eucharistie accomplie derriere les portes est la continuation du repas du Seigneur. Les portes diaconales, situees de chaque cote, sont reservees aux diacres et aux servants. Elles portent généralement les icones des archanges Michel et Gabriel (gardiens celestes des portes du paradis) ou des saints diacres.

Iconostases célèbres : chefs-d'œuvre de l'art sacre

Certaines iconostases comptent parmi les plus grands chefs-d'œuvre de l'art chretien. Leur decouverte est un voyage dans l'histoire de la peinture et de la théologie orthodoxes.

IconostaseDateParticularite
Cathedrale de l'Annonciation, Kremlinvers 1405Berceau de l'iconostase haute, par Theophane le Grec et Andrei Roublev
Cathedrale de la Trinite, Laure de la Trinite-Saint-Serge1425-1427Par Andrei Roublev et Daniel Tcherny
Cathedrale de la Dormition, Kremlin165316 metres de hauteur, 69 icones
Cathedrale de la Dormition, Vladimir-La plus grande iconostase du monde, environ 18 metres

L'iconostase de la cathedrale de l'Annonciation du Kremlin (Moscou, vers 1405)

Consideree comme le berceau de l'iconostase haute, cette œuvre collective associe les deux plus grands peintres de l'histoire de l'art russe : Theophane le Grec et Andrei Roublev, avec le moine Prokhor de Gorodets. Le Deisis (rang intercesseur) comprend des figures en pied grandeur nature d'une expressivite saisissante. Le Christ en majeste de Theophane, avec son regard penetrant et sa palette sombre aux rehauts de lumière, est un chef-d'œuvre de la peinture byzantine tardive. Les icones du rang des fêtes, attribuees a Roublev, montrent déjà le style plus lumineux, plus serein et plus interieur qui le distingue de son maitre.

L'iconostase de la cathedrale de la Trinite a la Laure de la Trinite-Saint-Serge (1425-1427)

Realisee par Andrei Roublev et Daniel Tcherny, cette iconostase est l'un des plus grands ensembles picturaux du XVe siècle russe. C'est pour cette cathedrale que Roublev peignit la célèbre Trinite (vers 1411 ou 1425), representant les trois anges recu par Abraham au chene de Mambre (Genese 18) — l'icone la plus célèbre du monde orthodoxe, aujourd'hui conservee a la galerie Tretiakov de Moscou (bien qu'elle ait ete temporairement restituee a la Laure en 2023).

L'iconostase de la cathedrale de la Dormition du Kremlin (1653)

Haute de 16 metres et large de 24 metres, l'iconostase de la cathedrale de la Dormition est l'une des plus monumentales de Russie. Ses 69 icones, reparties sur cinq registres, furent peintes en un temps record (moins d'un an) par un atelier de peintres diriges par des maitres du Palais des Armures. Le cadre baroque en bois dore, ajoute au XVIIIe siècle, remplace le cadre original. Cette iconostase servit de modèle pour de nombreuses cathedrales russes des XVIIe et XVIIIe siècles.

L'iconostase du Mont Athos

Les monasteres du Mont Athos conservent certaines des iconostases les plus anciennes du monde orthodoxe. Le Grand Lavra (fonde en 963) possede une iconostase du XVIe siècle en bois sculpte et dore, de style post-byzantin. Le monastere de Vatopedi conserve des icones du Deisis datant du XIe siècle, parmi les plus anciennes icones sur bois conservees in situ. Une exposition recente sur l'art du Mont Athos a permis de decouvrir des iconostases rarement accessibles au public.

Iconostase doree et sculptee de la cathedrale de la Dormition du Kremlin de Moscou
L'iconostase de la cathedrale de la Dormition du Kremlin (1653) : 16 metres de hauteur, 69 icones, cinq registres de théologie en images.

Le symbolisme théologique de l'iconostase

L'iconostase n'est pas un simple ornement architectural : elle est une théologie en images, un resume visuel de l'ensemble de la doctrine chretienne orthodoxe. Chaque élément porte une signification théologique précise que les Pères de l'Église et les théologiens ont élaborée au fil des siècles.

L'iconostase comme frontiere cosmique. Dans la vision orthodoxe du monde, la realite se divise en deux plans : le visible (le monde cree, materiel, temporel) et l'invisible (le monde incree, spirituel, eternel). L'iconostase materialise cette frontiere. Le sanctuaire (derriere l'iconostase) represente le ciel, le Royaume de Dieu, le paradis retrouve. La nef (devant l'iconostase) represente la terre, le monde en attente de la transfiguration. Mais cette frontiere n'est pas un mur etanche : elle est une membrane vivante, permeable a la grace, traversee par le Christ a chaque liturgie.

L'iconostase comme recapitulation de l'histoire du salut. Lue de haut en bas, l'iconostase raconte l'economie du salut dans l'ordre chronologique : les patriarches (Creation, Alliance primitive), les prophètes (annonce du Messie), les fêtes (Incarnation, vie terrestre du Christ), le Deisis (Église celeste intercedant pour l'humanite), le rang local (présence vivante du Christ et des saints dans la communauté paroissiale). Cette lecture verticale fait de l'iconostase un livre ouvert, accessible aux fidèles lettres comme illettres.

L'iconostase et le Temple de Jerusalem. La structure de l'église orthodoxe reproduit la tripartition du Temple de Salomon : le narthex (vestibule) correspond au Ulam (portique du Temple), la nef au Heikhal (Saint Lieu), le sanctuaire au Debir (Saint des Saints). L'iconostase correspond au voile du Temple (parokhet), le rideau brode qui separait le Saint Lieu du Saint des Saints ou reposait l'Arche d'Alliance. Quand le prêtre franchit les portes royales avec les Saints Dons, il entre comme le grand prêtre entrait dans le Saint des Saints une fois l'an, le jour du Yom Kippour (Levitique 16). Mais a la différence du Temple, ou le voile fut dechire a la mort du Christ (Matthieu 27:51), l'iconostase n'est pas dechiree : elle est ouverte, car le Christ ressuscite a ouvert definitivement l'acces au Père.

L'iconostase comme communion des saints. Vue dans son ensemble, l'iconostase est une image de l'Église universelle, visible et invisible, terrestre et celeste. Les patriarches, prophètes, apôtres, saints et martyrs qui la peuplent ne sont pas des figures du passe : ils sont vivants en Christ, present dans l'église, intercedant pour les fidèles qui prient devant eux. L'iconostase est ainsi une manifestation du dogme de la communion des saints, l'unite mystique de tous les chretiens, vivants et morts, dans le Corps du Christ. Pour approfondir le contexte historique de cet art sacre, consultez notre guide sur l'histoire de l'Église orthodoxe.

Points clés à retenir

  • Fonction double : l'iconostase sépare le sanctuaire de la nef tout en unissant le ciel et la terre par les icônes.
  • Cinq registres : rang local, Deisis, fêtes, prophètes et patriarches racontent l'histoire du salut de bas en haut.
  • Portes royales : réservées au clergé, elles portent traditionnellement l'Annonciation et les quatre évangélistes.
  • Origine progressive : du templon paléochrétien du IVe siècle à l'iconostase haute russe créée par Théophane le Grec et Andreï Roublev vers 1405.
  • Plus grande iconostase : celle de la cathédrale de la Dormition de Vladimir, environ 18 mètres de hauteur.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une iconostase dans une église orthodoxe ?

L'iconostase est une cloison d'icones qui separe le sanctuaire (autel) de la nef dans les églises orthodoxes. Du grec eikonostasion (support d'icones), elle peut aller d'un simple rang d'icones posees sur une poutre (templon) a un mur monumental de cinq registres atteignant 20 metres de hauteur dans les grandes cathedrales russes. L'iconostase comporte trois portes : les portes royales au centre (reservees au clerge), et deux portes laterales (diaconales). Elle represente la frontiere entre le monde terrestre (la nef) et le monde celeste (le sanctuaire), tout en unissant les deux par les icones qui la couvrent.

Pourquoi l'iconostase cache-t-elle le sanctuaire aux fidèles ?

L'iconostase ne cache pas le sanctuaire mais le révèle de manière symbolique. Theologiquement, elle represente la frontiere entre le visible et l'invisible, le cree et l'incree, la terre et le ciel. Les icones qui la couvrent sont des fenetres sur le monde celeste : en les contemplant, le fidèle voit le Royaume de Dieu. Les portes royales, ouvertes a certains moments de la liturgie (Petite Entree, Grande Entree, communion), manifestent l'irruption du sacre dans le monde terrestre. Le rideau (katapetasma) qui les ferme parfois évoque le voile du Temple de Jerusalem (Matthieu 27:51). L'iconostase est donc un instrument de révélation, pas d'occultation.

Combien de rangees d'icones comporte une iconostase classique ?

L'iconostase russe classique, telle qu'elle s'est developpee entre le XVe et le XVIIe siècle, comporte cinq registres (rangees) : 1) le rang local (icones du Christ, de la Theotokos et du saint patron), 2) le rang du Deisis (le Christ en majeste entoure de la Vierge, de Jean-Baptiste et de saints intercesseurs), 3) le rang des fêtes (12 grandes fêtes du calendrier liturgique), 4) le rang des prophètes (prophètes de l'Ancien Testament), 5) le rang des patriarches (patriarches bibliques d'Adam a Moise). Certaines iconostases monumentales ajoutent un sixieme ou septieme rang (les Apôtres, la Passion). Les iconostases grecques sont généralement plus basses, avec un a trois registres.

Quelle est la plus grande iconostase du monde ?

La plus grande iconostase du monde est celle de la cathedrale de la Dormition de Vladimir (Russie), qui mesure environ 18 metres de hauteur avec ses cinq registres. Parmi les autres iconostases monumentales figurent celle de la cathedrale de l'Annonciation du Kremlin de Moscou (œuvre attribuee a l'atelier de Theophane le Grec et d'Andrei Roublev, vers 1405), celle de la cathedrale de la Trinite de la Laure de la Trinite-Saint-Serge (par Andrei Roublev et Daniel Tcherny, 1425-1427), et celle de la cathedrale de la Dormition du Kremlin de Moscou (1653, 16 metres de hauteur). Hors de Russie, l'iconostase de la cathedrale de Rila (Bulgarie) et celle du monastere de Bachkovo sont également remarquables.

Peut-on passer derriere l'iconostase dans une église orthodoxe ?

L'acces au sanctuaire (derriere l'iconostase) est reserve au clerge ordonne (évêques, prêtres, diacres) et aux servants d'autel autorises. Les laics ne sont pas admis derriere l'iconostase sauf dans des circonstances très specifiques (par exemple, lors du bapteme, le parrain ou la marraine peut y entrer brievement). Les femmes n'entrent traditionnellement jamais dans le sanctuaire, sauf les moniales dans certaines traditions. Cette règle n'est pas une marque de discrimination mais decoule du principe de sacralite de l'espace liturgique, comparable a l'interdiction d'acces au Saint des Saints dans le Temple de Jerusalem.