L'Église orthodoxe : histoire complete des origines a nos jours
3 avril 2026 · 22 min de lecture
Deux mille ans d'histoire, sept conciles oecumeniques, quinze Églises autocephales, plus de 300 millions de fideles : l'Église orthodoxe est la deuxieme plus grande communaute chretienne du monde. Ce guide retrace son histoire des origines apostoliques a nos jours, du Grand Schisme de 1054 aux defis du XXIe siecle, en passant par l'Empire byzantin, la chute de Constantinople et les persecutions du XXe siecle.
Les origines : l'Église indivise des premiers siecles (33-1054)
L'histoire de l'Église orthodoxe commence le jour de la Pentecote (vers l'an 33), lorsque l'Esprit Saint descend sur les apôtres reunis a Jerusalem (Actes 2). Les orthodoxes considerent que leur Église est la continuation directe et ininterrompue de cette communaute apostolique premiere, sans ajout ni retranchement doctrinal.
Les premiers siecles sont marques par l'expansion du christianisme dans l'Empire romain malgre les persecutions. Les Peres apostoliques — Clement de Rome (mort vers 99), Ignace d'Antioche (mort vers 107), Polycarpe de Smyrne (mort vers 155) — etablissent la structure episcopale de l'Église. Les Peres apologistes — Justin Martyr (mort vers 165), Irenee de Lyon (mort vers 202), Tertullien (mort vers 225) — defendent la foi contre le paganisme et les heresies.
Le tournant decisif est l'Edit de Milan promulgue par les empereurs Constantin Ier et Licinius en 313, qui accorde la liberte de culte aux chretiens. En 330, Constantin fonde Constantinople (anciennement Byzance, actuelle Istanbul) comme nouvelle capitale de l'Empire romain. Cette ville deviendra le centre nevralgique de l'Église orientale pendant plus d'un millenaire.
Les sept conciles oecumeniques
L'Église orthodoxe reconnait sept conciles oecumeniques, qui definissent les dogmes fondamentaux de la foi chretienne :
| Concile | Annee | Lieu | Decisions principales |
|---|---|---|---|
| Ier | 325 | Nicee | Condamnation de l'arianisme. Symbole de Nicee (debut du Credo). Divinite du Christ affirmee |
| IIe | 381 | Constantinople | Symbole de Nicee-Constantinople (Credo complet). Divinite du Saint-Esprit affirmee |
| IIIe | 431 | Ephese | Condamnation du nestorianisme. Marie declaree Theotokos (Mere de Dieu) |
| IVe | 451 | Chalcedoine | Definition christologique : deux natures en une personne. Schisme avec les Églises orientales anciennes |
| Ve | 553 | Constantinople II | Condamnation des Trois Chapitres. Confirmation de Chalcedoine |
| VIe | 680-681 | Constantinople III | Condamnation du monothelisme. Deux volontes dans le Christ |
| VIIe | 787 | Nicee II | Retablissement du culte des icones. Distinction entre latrie (adoration de Dieu) et dulie (vénération des saints) |
L'Église orthodoxe considere que ces sept conciles ont defini de maniere exhaustive la foi chretienne. Tout developpement dogmatique ulterieur (comme le Filioque, l'Immaculee Conception ou l'infaillibilite papale) est rejete comme innovation contraire a la Tradition.
Le Grand Schisme de 1054 : causes, acteurs et consequences
Le Grand Schisme de 1054 est l'événement fondateur de la separation entre l'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe. Bien que la date du 16 juillet 1054 soit emblematique, la rupture resulte en realite de divergences accumulees sur plusieurs siecles.
Les causes profondes
La question du Filioque — Le Symbole de Nicee-Constantinople (381) affirme que le Saint-Esprit "procede du Pere" (ek tou Patros ekporeuomenon). Au VIe siecle, l'Église wisigothique d'Espagne ajoute Filioque ("et du Fils"), une interpolation progressivement adoptee par Rome mais vigoureusement rejetee par l'Orient comme une alteration unilaterale du Credo defini en concile oecumenique. Les theologiens orthodoxes, a la suite de Photius de Constantinople (vers 820-893), arguent que le Filioque subordonne l'Esprit au Fils et detruit l'equilibre trinitaire.
La question de la primaute papale — Rome revendique pour l'évêque de Rome une primaute de juridiction universelle, fondee sur la succession de l'apôtre Pierre. L'Orient ne reconnait qu'une primaute d'honneur au siege de Rome (canon 28 de Chalcedoine, 451), sans autorite sur les autres patriarcats. La pretention papale a une autorite supreme et infaillible est le point de divergence ecclesiologique le plus profond entre les deux Églises.
Les divergences disciplinaires — Le celibat obligatoire du clerge en Occident (impose progressivement entre le IVe et le XIIe siecle) contraste avec la pratique orientale qui autorise le mariage avant l'ordination diaconale et presbyterale (seuls les évêques doivent etre celibataires). L'usage du pain azyme (sans levain) pour l'Eucharistie en Occident est critique par l'Orient, qui utilise du pain au levain (symbole de la Resurrection).
Ces divergences théologiques trouvent aussi leur source dans la reception différente des Peres latins par l'Orient. Pour approfondir la reception de Saint Augustin dans la tradition orthodoxe, consultez ce dossier sur Augustin et l'Église orthodoxe.
L'événement de 1054
Le 16 juillet 1054, le cardinal Humbert de Silva Candida, legat du pape Leon IX (déjà decede le 19 avril 1054, ce qui rendait la mission juridiquement caduque), depose une bulle d'excommunication sur l'autel de la basilique Sainte-Sophie a Constantinople, excommuniant le patriarche Michel Ier Cerulaire (vers 1000-1059). Cerulaire convoque un synode qui excommunia a son tour les legats romains. Les excommunications mutuelles ne seront levees qu'en 1965, par le pape Paul VI et le patriarche Athenagoras Ier.
L'Empire byzantin et l'Église orthodoxe (1054-1453)
Après le schisme, l'Église orthodoxe se developpe dans le cadre de l'Empire byzantin, dont elle est a la fois la religion officielle et l'institution culturelle centrale. La symphonia (harmonie) entre le pouvoir imperial et le pouvoir ecclesiastique definit le modele politique byzantin, theorise notamment par l'empereur Justinien Ier (482-565) dans sa Novelle VI (535).
La periode post-schisme voit le rayonnement missionnaire de l'orthodoxie vers les peuples slaves. Les saints Cyrille (827-869) et Methode (815-885), "apôtres des Slaves", avaient déjà traduit les Écritures et la liturgie en vieux-slave et invente l'alphabet glagolitique (ancetre du cyrillique) au IXe siecle. Leur héritage porte ses fruits : la Bulgarie (christianisee en 864 sous le khan Boris Ier), la Serbie (baptisee au IXe siecle sous les Nemanjic) et la Rus' de Kiev (988, sous le prince Vladimir) entrent dans l'orbite culturelle et religieuse de Constantinople.
La IVe Croisade (1202-1204) constitue le point de rupture irreversible entre l'Orient et l'Occident chretien. Le 12 avril 1204, les croises prennent Constantinople d'assaut, pillent la ville pendant trois jours, fondent l'Empire latin de Constantinople (1204-1261), et installent un patriarche latin a Sainte-Sophie. Le clerge orthodoxe se refugie a Nicee, ou le patriarcat en exil maintient la continuite canonique. Constantinople est reprise par les Byzantins sous Michel VIII Paleologue en 1261, mais l'Empire ne se remettra jamais de cette catastrophe.
Les tentatives d'union avec Rome — notamment le Concile de Florence (1439), ou l'empereur Jean VIII Paleologue et le metropolite de Kiev Isidore signerent un decret d'union — echouerent face au refus massif du clerge et du peuple orthodoxe. La célèbre phrase attribuee au grand-duc Loukas Notaras de Constantinople resume ce sentiment : "Mieux vaut le turban du sultan que la mitre du pape."
La chute de Constantinople et ses consequences (1453)
Le 29 mai 1453, après un siege de 53 jours, les armees du sultan ottoman Mehmed II (1432-1481) prennent Constantinople. Le dernier empereur byzantin, Constantin XI Paleologue (1405-1453), meurt les armes a la main sur les remparts. Sainte-Sophie, la plus grande église de la chretiente pendant mille ans, est convertie en mosquee.
La chute de Constantinople est un traumatisme fondateur pour l'identite orthodoxe. Mais contrairement a ce qu'on pourrait croire, elle ne sonne pas le glas de l'Église orthodoxe — bien au contraire. Le sultan Mehmed II, pragmatique, reconnaît le patriarche orthodoxe comme ethnarque (chef civil) de tous les chretiens orthodoxes de l'Empire ottoman (systeme du millet). Le patriarche Gennadios II Scholarios (vers 1400-1473) recoit du sultan l'investiture civile et religieuse, assurant une continuite institutionnelle qui durera jusqu'au XXe siecle.
Les consequences geostrategiques sont considerables. Avec la disparition de l'Empire byzantin, le centre de gravite de l'orthodoxie se deplace vers le nord. Le grand-prince Ivan III de Moscou (1440-1505) epouse Sophie Paleologue, niece du dernier empereur, et Moscou commence a se penser comme la "Troisieme Rome". Le moine Philothee de Pskov formulera cette doctrine en 1510 dans une lettre au grand-prince Vassili III : "Deux Romes sont tombees, la troisieme est debout, et il n'y en aura pas de quatrieme."
L'Église orthodoxe russe : de Vladimir a Pierre le Grand (988-1721)
La christianisation de la Rus' en 988 par le prince Vladimir Ier de Kiev (vers 958-1015) est l'un des événements les plus consequents de l'histoire de l'orthodoxie. Selon la Chronique des temps passes (Povest Vremennykh Let, compilee vers 1113), Vladimir aurait envoye des emissaires pour etudier les différentes religions avant de choisir le christianisme byzantin, impressionne par la beaute de la liturgie a Sainte-Sophie de Constantinople : "Nous ne savions plus si nous etions au ciel ou sur la terre."
L'Église de la Rus' de Kiev est d'abord une metropole dependante du patriarcat de Constantinople. Ses metropolites sont generalement des Grecs nommes depuis Constantinople. La situation change au XIVe siecle : après la devastation mongole (1237-1240) et le transfert du centre politique vers Moscou, le metropolite Pierre (mort en 1326) s'installe a Moscou en 1325, faisant de la ville la capitale religieuse de la Russie.
L'autocephalie de l'Église russe est proclamee de facto en 1448, lorsque le concile des évêques russes elit le metropolite Jonas sans l'approbation de Constantinople — en reaction au Concile de Florence (1439) que Moscou considere comme une trahison de l'orthodoxie. Le patriarcat de Moscou est officiellement établi en 1589, sous le patriarche Job, avec la reconnaissance (relutante) de Constantinople. Moscou devient ainsi le cinquieme patriarcat orthodoxe, derriere Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jerusalem.
Le XVIIe siecle est marque par le schisme des Vieux-Croyants (Raskol, 1653-1667), provoque par les reformes liturgiques du patriarche Nikon (1605-1681) qui cherche a aligner les pratiques russes sur les usages grecs contemporains. Les Vieux-Croyants (Starovery), diriges par l'archipretre Avvakum (1620-1682, brule vif), refusent les reformes et sont violemment persecutes. Ce schisme, qui touche des millions de Russes, reste une blessure ouverte dans l'histoire de l'orthodoxie russe. Visitez les monuments du Kremlin de Moscou pour decouvrir les temoignages architecturaux de cette époque.
En 1721, le tsar Pierre le Grand (1672-1725) abolit le patriarcat et le remplace par le Saint-Synode, un organe collegial dirige par un procureur général nomme par l'empereur. Cette reforme, qui subordonne l'Église a l'Etat, restera en vigueur pendant pres de 200 ans, jusqu'au retablissement du patriarcat en 1917.
L'orthodoxie sous les empires (Ottoman, Russe, Habsbourg) — XVIIIe-XIXe siecle
Du XVIIIe au XIXe siecle, la grande majorite des orthodoxes vivent sous trois empires — ottoman, russe et habsbourgeois — qui faconnent differemment le destin de leurs Églises respectives.
Sous l'Empire ottoman
Les Grecs, Serbes, Bulgares, Roumains et Arabes orthodoxes vivent sous le systeme du millet, ou le patriarche de Constantinople exerce une autorite civile et religieuse sur tous les orthodoxes (le Rum Millet). Ce systeme preserve la foi mais etouffe les identites nationales : le clerge du patriarcat est exclusivement grec (Phanariotes), et la liturgie en grec est imposee aux Slaves et aux Arabes. Au XIXe siecle, les mouvements nationaux balkaniques aboutissent a la creation d'Églises autocephales : Grece (1833), Roumanie (1885), Serbie (retablie en 1879), Bulgarie (1872, reconnue en 1945).
Sous l'Empire russe
L'Église russe, soumise au Saint-Synode depuis 1721, connait neanmoins un essor spirituel remarquable. Le monachisme russe atteint son apogee avec des figures comme saint Seraphin de Sarov (1759-1833) et les startsy (anciens spirituels) d'Optina Poustyn — dont saint Ambroise (1812-1891), modele du starets Zossime dans Les Freres Karamazov de Dostoievski. La Philocalie, collection de textes ascetiques des Peres du desert publiee en grec par saint Nicodeme de l'Athos (1749-1809), est traduite en slavon par Paissy Velichkovsky (1722-1794) et devient le livre de chevet du monachisme orthodoxe slave.
Sous l'Empire des Habsbourg
En Transylvanie et en Galicie, une partie des orthodoxes est contrainte d'accepter l'union avec Rome, formant les Églises greco-catholiques (Union de Brest, 1596 ; Union d'Alba Iulia, 1700). Ces Églises conservent le rite byzantin mais reconnaissent l'autorite papale. La tension entre orthodoxes et greco-catholiques marque encore aujourd'hui l'Ukraine occidentale et la Transylvanie roumaine.
Le XXe siecle : persecutions, diaspora et renouveau
Le XXe siecle est le siecle le plus dramatique de l'histoire orthodoxe, marque par des persecutions sans precedent, la formation d'une importante diaspora et les premices d'un renouveau.
La revolution russe et les persecutions sovietiques
La Revolution d'octobre 1917 inaugure la plus grande persecution antichretienne de l'histoire. Le patriarcat de Moscou est retabli le 5 novembre 1917 avec l'election du patriarche Tikhon (1865-1925), mais le regime bolchevique lance immediatement une campagne d'eradication de la religion. Les chiffres sont vertigineux : entre 1917 et 1939, on estime que 50 000 membres du clerge sont executes ou meurent en detention, sur les 54 000 églises actives en 1917 il n'en reste que 500 en 1939, et la plupart des 1 200 monasteres sont fermes et detruits.
Le Concile de l'Église russe a l'etranger (ROCOR), constitue en 1921 a Sremski Karlovci (Serbie) par des évêques emigres, fonde une Église independante de Moscou qui deviendra l'ossature spirituelle de l'emigration russe. La théologie de la diaspora — portee par des penseurs comme Serge Boulgakov (1871-1944), Georges Florovsky (1893-1979), Vladimir Lossky (1903-1958) et Alexandre Schmemann (1921-1983) — renouvelle profondement la pensee orthodoxe et la fait connaitre en Occident, notamment via l'Institut Saint-Serge a Paris (fonde en 1925).
Le genocide des chretiens d'Anatolie
Le genocide des Grecs pontiques, des Armeniens et des Assyriens (1914-1923) par l'Empire ottoman puis la Turquie kemaliste aneantit les communautes chretiennes millenaires d'Asie Mineure. Le patriarcat de Constantinople, reduit a une présence symbolique a Istanbul, perd la quasi-totalite de ses fideles et de ses paroisses en Turquie. En 2026, il ne reste qu'environ 3 000 orthodoxes grecs en Turquie.
Les persecutions dans les pays communistes
Après 1945, les Églises orthodoxes de Roumanie, Bulgarie, Serbie, Georgie et Albanie subissent a leur tour la repression communiste, avec des variations d'intensite. L'Albanie d'Enver Hoxha declare en 1967 le premier Etat officiellement athee du monde, fermant toutes les églises et mosquees. En Roumanie, la prison de Pitesti (1949-1952) est le theatre d'une "reeducation" d'une brutalite inouie visant notamment les etudiants chretiens.
L'orthodoxie au XXIe siecle : defis et perspectives
Le XXIe siecle est une periode de renaissance mais aussi de tensions profondes pour l'Église orthodoxe.
La question de l'autocephalie ukrainienne
Le 6 janvier 2019, le patriarche oecumenique Bartholomee Ier remet le tomos d'autocephalie au metropolite Epiphane, reconnaissant l'Église orthodoxe d'Ukraine (OCU) comme la 15e Église autocephale. Le patriarcat de Moscou rejette cette decision et rompt la communion eucharistique avec Constantinople. Ce schisme entre patriarcats constitue la crise la plus grave du monde orthodoxe depuis des siecles. L'invasion russe de l'Ukraine en fevrier 2022 a encore aggrave les tensions, de nombreuses paroisses ukrainiennes quittant la juridiction de Moscou pour rejoindre l'OCU.
Le Saint et Grand Concile de Crete (2016)
Le Concile de Crete (19-26 juin 2016), premier rassemblement panorthodoxe depuis le VIIe concile oecumenique (787), devait etre un moment historique d'unite. Cependant, quatre Églises — Russie, Bulgarie, Georgie et Antioche — refuserent d'y participer, affaiblissant considerablement sa portee. Le Concile a neanmoins adopte des documents sur la mission, la diaspora, le jeune et les relations avec les autres Églises chretiennes.
L'orthodoxie dans le monde contemporain
En 2026, l'Église orthodoxe compte environ 300 millions de fideles repartis principalement en Russie (100-110 millions), Roumanie (16 millions), Grece (10 millions), Ukraine (30-35 millions, repartis entre l'OCU et l'ancienne UOC-MP), Serbie (7 millions), Bulgarie (5 millions), Georgie (3 millions) et dans une importante diaspora (Amerique du Nord, Europe occidentale, Australie). L'Église orthodoxe d'Afrique, rattachee au patriarcat d'Alexandrie, connait une croissance rapide, notamment au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie.
Les defis contemporains incluent la secularisation dans les pays traditionnellement orthodoxes, les tensions geopolitiques (guerre en Ukraine, situation en Syrie), le dialogue oecumenique avec le catholicisme et le protestantisme, et la question de la modernisation (langue liturgique, calendrier, role des laics, place des femmes). Pour mieux comprendre les enjeux du rapprochement entre les deux grandes traditions chretiennes en France, on pourra consulter ce dossier sur l'oecumenisme entre catholiques et orthodoxes. L'art sacre orthodoxe, notamment les icones, connait un renouveau remarquable qui temoigne de la vitalite spirituelle de cette tradition bimillenaire. Pour ceux qui souhaitent explorer cette histoire en profondeur, nous recommandons une selection de lectures essentielles sur l'histoire du christianisme.
Tableau chronologique des événements majeurs
| Date | Événement |
|---|---|
| vers 33 | Pentecote : naissance de l'Église |
| 64-313 | Persecutions romaines (Neron, Diocletien, etc.) |
| 313 | Edit de Milan : liberte de culte pour les chretiens |
| 325 | Ier Concile de Nicee : condamnation de l'arianisme, Symbole de Nicee |
| 330 | Fondation de Constantinople par Constantin Ier |
| 381 | IIe Concile (Constantinople I) : Credo de Nicee-Constantinople |
| 431 | IIIe Concile (Ephese) : Theotokos, condamnation du nestorianisme |
| 451 | IVe Concile (Chalcedoine) : deux natures du Christ. Schisme avec les Églises prechalcedoniennes |
| 553 | Ve Concile (Constantinople II) |
| 680-681 | VIe Concile (Constantinople III) : condamnation du monothelisme |
| 726-843 | Querelle iconoclaste. VIIe Concile (Nicee II, 787) : retablissement des icones |
| 863 | Mission de Cyrille et Methode chez les Slaves |
| 864 | Bapteme de la Bulgarie sous le khan Boris Ier |
| 988 | Bapteme de la Rus' de Kiev par le prince Vladimir |
| 1054 | Grand Schisme : excommunications mutuelles entre Rome et Constantinople |
| 1204 | Sac de Constantinople par la IVe Croisade |
| 1261 | Reprise de Constantinople par Michel VIII Paleologue |
| 1439 | Concile de Florence : tentative d'union echouee |
| 1448 | Autocephalie de facto de l'Église russe |
| 1453 | Chute de Constantinople. Fin de l'Empire byzantin |
| 1589 | Creation du patriarcat de Moscou |
| 1596 | Union de Brest : creation de l'Église greco-catholique |
| 1653-1667 | Schisme des Vieux-Croyants (Raskol) en Russie |
| 1721 | Pierre le Grand abolit le patriarcat russe, cree le Saint-Synode |
| 1833 | Autocephalie de l'Église de Grece |
| 1885 | Autocephalie de l'Église roumaine |
| 1917 | Retablissement du patriarcat de Moscou (patriarche Tikhon) |
| 1917-1991 | Persecutions sovietiques : 50 000 clercs tues, des milliers d'églises detruites |
| 1925 | Fondation de l'Institut Saint-Serge a Paris |
| 1961 | Le patriarcat de Moscou rejoint le Conseil oecumenique des Églises |
| 1965 | Levee mutuelle des excommunications de 1054 (Paul VI / Athenagoras) |
| 1988 | Millenaire du bapteme de la Russie : debut du renouveau |
| 1991 | Chute de l'URSS : liberte religieuse retrouvee |
| 2000 | Canonisation des martyrs du XXe siecle par l'Église russe |
| 2007 | Reunion de l'Église russe a l'etranger (ROCOR) avec le patriarcat de Moscou |
| 2016 | Saint et Grand Concile de Crete (sans la Russie, la Bulgarie, la Georgie et Antioche) |
| 2019 | Autocephalie de l'Église orthodoxe d'Ukraine (OCU). Rupture Moscou-Constantinople |
| 2022 | Invasion russe de l'Ukraine. Acceleration du schisme ecclesial |
Tenez-vous fermes dans la foi, dans cette foi que vous avez recue des Apôtres, que les Peres ont transmise, et que les sept saints Conciles ont confirmee. Ne vous laissez pas ebranler par les vents contraires.— Saint Photius de Constantinople, Encyclique aux sieges orientaux (867)
Questions frequentes
Quand a eu lieu le Grand Schisme entre orthodoxes et catholiques ?
Le Grand Schisme est traditionnellement date de 1054, lorsque le legat du pape Leon IX, le cardinal Humbert de Silva Candida, deposa une bulle d'excommunication sur l'autel de Sainte-Sophie a Constantinople le 16 juillet 1054, et que le patriarche Michel Cerulaire excommunia a son tour les legats romains. En realite, la rupture fut progressive et ne devint definitive qu'après le sac de Constantinople par les croises en 1204.
Combien y a-t-il d'Églises orthodoxes autocephales dans le monde ?
En 2026, il existe 15 Églises orthodoxes autocephales reconnues (avec des variations selon les sources en raison de disputes canoniques) : Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jerusalem, Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Georgie, Chypre, Grece, Pologne, Albanie, Republique tcheque et Slovaquie, et Ukraine (OCU). L'Église orthodoxe en Amerique (OCA) est reconnue comme autocephale par Moscou mais pas par Constantinople.
Quelle est la différence entre orthodoxe et catholique ?
Les principales différences sont : le rejet du primat juridictionnel du pape (les orthodoxes reconnaissent une primaute d'honneur au patriarche de Constantinople mais pas d'autorite supreme) ; le Filioque (les orthodoxes ne reconnaissent pas que le Saint-Esprit procede du Fils en plus du Pere) ; le calendrier liturgique (julien pour les fêtes mobiles) ; le mariage des prêtres (autorise avant l'ordination) ; la liturgie (rite byzantin vs rite latin) ; et l'ecclesiologie (conciliariste vs papale).
Pourquoi l'Église orthodoxe utilise-t-elle le calendrier julien ?
L'Église orthodoxe a refuse d'adopter le calendrier gregorien promulgue par le pape Gregoire XIII en 1582, car elle le considerait comme une innovation unilaterale du pape sans concile oecumenique. Depuis 1923, certaines Églises (Constantinople, Roumanie, Grece, Bulgarie) ont adopte le calendrier julien revise pour les fêtes fixes tout en conservant le calcul julien pour Paques. L'Église russe, serbe, georgiienne et de Jerusalem conservent le calendrier julien integral.
Qui est le chef de l'Église orthodoxe ?
L'Église orthodoxe n'a pas de chef supreme equivalent au pape. Le patriarche oecumenique de Constantinople (actuellement Bartholomee Ier, ne en 1940, patriarche depuis 1991) detient une primaute d'honneur (primus inter pares) mais pas d'autorite juridictionnelle sur les autres Églises. Chaque Église autocephale est gouvernee par son propre synode et son primat (patriarche, archeveque ou metropolite).
Qu'est-ce que le Concile de Chalcedoine et pourquoi est-il important ?
Le Concile de Chalcedoine (451) est le quatrieme concile oecumenique. Il a defini la christologie orthodoxe : le Christ est une seule personne en deux natures (divine et humaine), sans confusion, sans changement, sans division, sans separation. Ce concile a provoque le premier grand schisme du christianisme : les Églises qui l'ont rejete (copte, armenienne, syriaque, ethiopienne) sont appelees Églises orientales anciennes ou prechalcedoniennes.
L'Église orthodoxe peut-elle se reunifier avec l'Église catholique ?
Le dialogue oecumenique entre orthodoxes et catholiques est en cours depuis le Concile Vatican II (1962-1965) et la levee mutuelle des excommunications de 1054 par le pape Paul VI et le patriarche Athenagoras en 1965. Cependant, des obstacles théologiques majeurs subsistent (Filioque, primaute papale, dogmes mariaux). La plupart des theologiens estiment qu'une reunion complete n'est pas envisageable a court ou moyen terme, mais le dialogue progresse sur certains points.