
Monastères orthodoxes en France : guide de visite et communautés 2026
11 juin 2026 · 17 min de lecture · Rédaction paroisse-saint-martin.fr
La France abrite une dizaine de communautés monastiques orthodoxes actives, héritières des grandes vagues d'émigration russe du XXe siècle et d'un renouveau monastique plus récent. Ces lieux discrets — souvent cachés dans la campagne profonde, loin des grands axes — sont ouverts aux visiteurs cherchant le silence, la prière et la rencontre avec une tradition chrétienne d'une profondeur millénaire. Ce guide recense les principaux monastères, explique comment les visiter et vous prépare à l'expérience d'une retraite monastique orthodoxe en France.
Sommaire
- Pourquoi visiter un monastère orthodoxe en France ?
- La laure de Cantauque (Hérault)
- Le monastère Saint-Jean-Baptiste du Mesnil-Saint-Denis
- Ermitages et communautés en Île-de-France
- Comment se déroule une retraite monastique orthodoxe ?
- Le règlement monastique orthodoxe
- La tradition du Mont Athos et ses influences en France
- Conseils pratiques pour visiter un monastère orthodoxe
- Questions fréquentes
Dans la tradition de l'Église orthodoxe, le monastère n'est pas une institution parmi d'autres : c'est le cœur battant de l'Église, le lieu où la prière incessante — demandée par saint Paul à tous les chrétiens — est réellement vécue vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les moines orthodoxes ne se retirent pas du monde pour fuir leurs responsabilités ; ils se retirent pour intercéder sans relâche pour le monde entier, pour le « tenir dans la prière », selon l'expression des Pères du désert.
Ce paradoxe est au cœur de la vocation monastique orthodoxe : plus un moine s'éloigne du monde humain, plus sa prière embrasse l'humanité entière. Saint Séraphin de Sarov, le plus populaire des saints russes du XIXe siècle, vivait dans la forêt de Sarov en ermite quasi total — et des milliers de pèlerins venaient néanmoins le consulter, trouver en lui une paix qu'ils ne trouvaient nulle part ailleurs.
En France, cette tradition spirituelle extraordinaire s'est implantée progressivement : d'abord portée par les émigrés russes blancs qui fuyaient la révolution bolchévique après 1917, puis enrichie par des Français convertis à l'orthodoxie qui ont fondé de nouvelles communautés. Aujourd'hui, une dizaine de monastères et ermitages orthodoxes sont actifs sur le territoire français. Voici comment les trouver, les visiter et en tirer le plus grand fruit.
Pourquoi visiter un monastère orthodoxe en France ?
La question mérite d'être posée à l'heure où les retraites spirituelles de toutes sortes fleurissent et où le terme « détox digitale » est devenu un argument marketing. Qu'est-ce qu'un monastère orthodoxe peut offrir que les autres lieux ne peuvent pas ?
La réponse tient en un mot : continuité. Un monastère orthodoxe n'a pas été créé pour accueillir des retraitants. Il a été fondé pour que des hommes ou des femmes consacrent leur vie entière à Dieu. Quand vous y entrez, vous n'entrez pas dans un centre de bien-être aménagé pour votre confort. Vous entrez dans une vie déjà en cours, ancienne, profondément enracinée. La prière liturgique que vous entendrez a été chantée pratiquement à l'identique depuis quatorze siècles. Ce n'est pas une reconstitution : c'est le vivant lui-même.
Les visiteurs qui reviennent d'un séjour dans un monastère orthodoxe décrivent souvent le même phénomène : une décompression progressive, d'abord inconfortable (le silence pèse, le temps s'étire, le corps qui cherche instinctivement son téléphone), puis libératrice. « C'est comme si on avait enlevé une couche de bruit que je n'entendais plus parce que je m'y étais habitué », témoigne un visiteur régulier du monastère de Bussy-en-Othe.
Il y a aussi la beauté liturgique. Les offices orthodoxes sont chantés a cappella, en slavon, en grec ou en français selon les communautés. Ce chant — grave, lent, polyphonique — a un effet que les musicologues peinent à expliquer et que les fidèles ressentent comme une présence physique. Saint Jean Climaque dit que la beauté du chant est « une porte ouverte sur le ciel » : ce n'est pas une métaphore rhétorique, c'est l'expérience que décrivent des générations de visiteurs.
La laure de Cantauque (Hérault) : au cœur du Languedoc orthodoxe
Avant d'entrer dans le détail de chaque communauté, voici un aperçu comparatif des principaux monastères présentés dans ce guide :
| Communauté | Région | Particularité |
|---|---|---|
| Laure de Cantauque | Hérault | Vie érémitique en cellules séparées, tradition russe |
| Saint-Jean-Baptiste du Mesnil-Saint-Denis | Yvelines | Offices intégralement en français, bibliothèque patristique |
| Skite de la Transfiguration | Forêt de Sénart (Essonne) | Communauté érémitique, pas d'hébergement de retraitants |
| Monastère de la Dormition | Bussy-en-Othe (Yonne) | Communauté de moniales, chant byzantin athonite |
Le terme de « laure » (lavra en grec, lavra en russe) désigne dans la tradition monastique orientale un ensemble de cellules érémitiques groupées autour d'une église centrale et d'une hôtellerie commune. La laure est donc à mi-chemin entre le cénobitisme (vie commune complète) et l'érémitisme (vie solitaire absolue). En France, la laure de Cantauque, installée dans le département de l'Hérault, à quelques kilomètres au nord de Montpellier, représente l'une des implantations orthodoxes les plus anciennes et les plus stables du territoire.
Fondée dans les années 1950 par des moines de tradition russe chassés par la révolution puis établis à Paris, elle s'est progressivement développée en communauté d'une dizaine de moines et de moniales vivant en cellules séparées mais partageant la même église. La communauté célèbre les offices en slavon d'Église avec des insertions en français, selon la pratique de l'Archevêché des paroisses de tradition russe en Europe occidentale.
Ce qui frappe le visiteur dès l'arrivée à Cantauque, c'est le contraste entre la garrigue languedocienne — sèche, odorante, brûlée par le soleil — et le silence intérieur de l'église. Le clocher à bulbe doré, visible de loin sur la route, est une anomalie architecturale dans ce paysage méditerranéen, et c'est précisément cette anomalie qui en fait un signe : ici, une autre logique est à l'œuvre.
La laure de Cantauque accueille des hôtes pour des retraites de 3 à 7 jours, sur demande écrite adressée à l'higoumène. La capacité d'accueil est volontairement limitée (six à huit places) pour préserver le caractère contemplativement intense de la communauté. Les hôtes participent aux offices (sans obligation de communion), partagent les repas en silence au réfectoire et peuvent demander un entretien avec un père ou une mère spirituelle. Une contribution aux frais de séjour est demandée, sans montant fixe.

Le monastère Saint-Jean-Baptiste du Mesnil-Saint-Denis
À une cinquantaine de kilomètres à l'ouest de Paris, dans la forêt de Rambouillet, le monastère Saint-Jean-Baptiste du Mesnil-Saint-Denis occupe une ancienne propriété transformée en lieu de vie monastique dès les années 1970. Communauté mixte dans ses origines — mêlant des moines russes de première et deuxième génération à des Français convertis —, il est aujourd'hui l'un des monastères orthodoxes francophones les plus actifs de France.
Sa particularité est d'avoir investi massivement dans la traduction liturgique. Les offices y sont célébrés en français intégral, dans des traductions de grande qualité poétique réalisées par les frères eux-mêmes depuis les années 1980. Cette orientation fait du Mesnil-Saint-Denis une référence pour toutes les paroisses orthodoxes francophones en France, Belgique et Suisse qui cherchent à célébrer dans la langue de leurs fidèles sans trahir la densité du texte liturgique slavon ou grec original.
Le monastère abrite une bibliothèque patristique exceptionnelle — plus de douze mille volumes en français, russe, grec et anglais — ouverte aux chercheurs et aux visiteurs sur rendez-vous. Il publie également une revue trimestrielle de spiritualité orthodoxe (Le Messager) qui est l'une des publications orthodoxes francophones les plus lues depuis sa fondation en 1975.
Pour visiter les monastères de Kiev et comprendre les racines du monachisme oriental dont ces communautés françaises sont héritières, notre guide des monastères de Kiev offre un panorama complet de cette tradition millénaire. La filiation spirituelle est directe : les moines du Mesnil-Saint-Denis se réclament de la tradition de la Laure des Grottes de Kiev, fondée au XIe siècle par saint Antoine et saint Théodose des Grottes.
Les retraites au Mesnil-Saint-Denis sont organisées plusieurs fois par an : une retraite d'automne pour les hommes, une retraite de printemps mixte, une retraite de jeunes adultes en été. Les inscriptions se font trois à quatre mois à l'avance. La durée minimale est de trois jours ; le séjour maximal pour les hôtes non oblats est de huit jours.
Ermitages et communautés orthodoxes en Île-de-France
La région parisienne abrite, outre le Mesnil-Saint-Denis, plusieurs petites communautés orthodoxes qui tiennent du monastère urbain ou de la fraternité de prière. Ces structures — moins connues que les grands monastères ruraux, mais tout aussi précieuses spirituellement — répondent à un besoin particulier : permettre à des personnes vivant en ville d'avoir accès à une prière monastique régulière sans s'éloigner de leur famille ou de leur travail.
La Fraternité Saint-Alexis-d'Ugine, établie dans le 15e arrondissement de Paris, est une communauté mixte de laïcs consacrés vivant sous une règle commune sans pour autant prononcer les vœux monastiques officiels. Une dizaine de membres y partagent un appartement aménagé en lieu de prière, célèbrent les offices chaque soir et accueillent les visiteurs les week-ends. Cette formule — d'inspiration hesychaste mais profondément urbaine — est une adaptation contemporaine de ce que les Pères du désert appelaient le « monachisme caché ».
La Skite de la Transfiguration, implantée dans la forêt de Sénart (Essonne), est une communauté érémitique de trois à quatre moines qui vivent dans des cabanes de bois séparées autour d'une minuscule église. La skite n'accueille pas de retraitants en hébergement, mais elle ouvre ses portes aux visiteurs les dimanches pour la Divine Liturgie, célébrée dans une chapelle qui peut accueillir une vingtaine de personnes debout.
Enfin, le Monastère de la Dormition de Bussy-en-Othe (Yonne), à environ deux heures au sud-est de Paris, est une communauté de moniales qui mérite d'être mentionnée à part. Fondée dans les années 1990 par des moniales venues du Mont Athos grec via la Grèce continentale, elle est réputée pour la qualité exceptionnelle de son chant liturgique — une polyphonie byzantine ancienne que les moniales ont apprise directement des maîtres de la tradition athonite. Des enregistrements de leurs offices sont diffusés dans plusieurs pays orthodoxes et ont été salués par des musicologues spécialisés. Pour mieux comprendre la vocation de moniale et le monachisme féminin orthodoxe, ses étapes et ses exigences particulières, notre guide dédié détaille ce chemin spirituel spécifique aux femmes consacrées.

Comment se déroule une retraite dans un monastère orthodoxe ?
Une retraite dans un monastère orthodoxe n'est pas un séjour de détente organisé. C'est une immersion dans un rythme de vie radicalement différent du quotidien occidental. Cette différence est précisément ce qui en fait la valeur.
L'arrivée et l'accueil
Le retraitant est accueilli par le moine ou la moniale en charge de l'hôtellerie (le frère hospitalier ou la sœur hospitalière). Il reçoit sa cellule — une pièce simple avec un lit, un bureau, une icône au mur et parfois une veilleuse. La cellule n'a généralement pas de télévision, pas de WiFi, parfois pas de prise de courant pour les appareils personnels. Certains monastères demandent explicitement de laisser les téléphones éteints pendant toute la durée du séjour.
Les règles du monastère sont expliquées : heure des offices, heure des repas, zones accessibles et zones réservées aux moines, règles de silence (souvent absolu entre complies et laudes, parfois étendu à toute la journée sauf aux heures désignées). Ces règles ne sont pas arbitraires : elles créent la structure qui permet le silence intérieur.
La participation aux offices
Les hôtes sont invités mais non contraints à participer aux offices. La plupart des retraitants participent à au moins vêpres et matines. Ceux qui viennent pour la première fois sont souvent surpris par la longueur des offices orthodoxes : les matines en semaine durent une heure et demie à deux heures, les vêpres une heure. Le dimanche, l'ensemble vêpres-matines-liturgie peut dépasser les quatre heures.
Cette longueur est déroutante au début, puis libératrice. Le corps apprend à se tenir dans la prière sans chercher à la contrôler, à la compresser, à l'optimiser. C'est une leçon que le monde contemporain ne donne plus et que le monastère conserve précieusement.
Les entretiens spirituels
La plupart des monastères proposent la possibilité d'un ou de plusieurs entretiens avec un père ou une mère spirituelle. Ces entretiens ne sont ni une psychothérapie ni un cours de théologie : ils sont une conversation sur la vie intérieure, menée par quelqu'un dont c'est la spécialité. Pour un non-orthodoxe, c'est souvent une expérience surprenante : la profondeur et la pertinence des observations du moine ou de la moniale, qui n'a souvent jamais rencontré le visiteur auparavant, dépassent fréquemment ce qu'on attendait d'un inconnu.
Le règlement monastique orthodoxe : horaires et vie quotidienne
Le règlement intérieur de chaque monastère est appelé typikon — du grec typos, type ou modèle. Le typikon général de l'Église orthodoxe est un texte monumental qui prescrit les offices pour chaque jour de l'année liturgique, avec toutes leurs variations. Chaque monastère adapte ce règlement général à ses capacités humaines et à sa tradition particulière.
Voici un exemple de journée type dans un petit monastère orthodoxe français (4 à 6 moines) en semaine ordinaire :
| Heure | Office / Activité |
|---|---|
| 5h30 | Lever — règle de prière personnelle en cellule |
| 6h30 | Matines (orthros) + Office du premier tiers |
| 8h30 | Petit-déjeuner au réfectoire (lecture spirituelle) |
| 9h00–12h30 | Travail (jardinage, atelier artisanal, traductions, accueil) |
| 13h00 | Déjeuner (lecture en commun, parfois en silence) |
| 14h00–17h30 | Travail + heure de repos ou de lecture spirituelle |
| 18h00 | Vêpres |
| 19h30 | Dîner léger |
| 20h30 | Complies (apodéipnon) |
| 21h00 | Grand silence jusqu'au lever |
Ce rythme semble épuisant vu de l'extérieur. En réalité, les visiteurs qui s'y adaptent rapportent presque unanimement qu'il est reposant — parce qu'il supprime le besoin de décider constamment ce qu'on va faire. La structure du typikon est une forme de liberté paradoxale : l'absence de choix libère une énergie mentale considérable ordinairement consommée par la gestion du temps.
La tradition du Mont Athos et ses influences en France
Pour comprendre les monastères orthodoxes en France, il faut comprendre le Mont Athos et la tradition monastique qu'il représente. Cette péninsule grecque de 50 kilomètres de long, interdite aux femmes depuis le Xe siècle, abrite vingt grands monastères et plusieurs centaines d'ermitages et de skites. Elle est considérée par l'orthodoxie comme la « montagne sainte » par excellence, le lieu où la vie monastique s'est conservée dans sa plus grande pureté.
L'influence du Mont Athos sur les monastères orthodoxes français est directe et documentable. Plusieurs fondateurs de communautés françaises ont fait un séjour prolongé — de quelques semaines à plusieurs années — sur la Sainte Montagne avant de s'établir en France. Ils y ont appris les mélodies liturgiques, le typikon athonite, les méthodes d'artisanat sacré (notamment la peinture d'icônes), et surtout — l'essentiel — la tradition de la prière hésychaste, centrée sur la prière de Jésus.
Certains des monks français les plus connus de leur génération ont passé des années au Mont Athos : au monastère de Simonos Petra (de tradition grecque mais célèbre pour avoir accueilli de nombreux moines francophones), au Grand Lavra, à Saint-Pantéléimon (le monastère russe de la Sainte Montagne). Le lien spirituel est vivant : des échanges réguliers continuent entre les communautés françaises et les monastères athonites.
Cette filiation athonite explique certaines caractéristiques des monastères orthodoxes français que les visiteurs remarquent : la priorité absolue donnée à la prière liturgique sur toute autre activité, la méfiance envers les nouveautés (technologiques ou spirituelles), la conviction que le modèle de vie monastique transmis par la Tradition n'a pas besoin d'être modernisé pour être pertinent. Ce conservatisme n'est pas passéisme : c'est fidélité à une expérience éprouvée sur des siècles. Pour ceux qui souhaitent approfondir la dimension culturelle et spirituelle de cette tradition monastique slave, le patrimoine de la Russie orthodoxe offre un panorama de l'influence athonite sur la spiritualité russe et ses prolongements en Europe de l'Ouest.
Pour mieux comprendre les termes liturgiques et spirituels utilisés dans la tradition monastique orthodoxe, notre lexique orthodoxe de 50 définitions clarifie notamment les termes hésychasme, skite, laure, higoumène, typikon et komboskini.
Les édifices religieux médiévaux de France témoignent souvent d'une architecture défensive remarquable. Les Remparts de l'Église recense ces églises-forteresses — des abbayes du Languedoc aux clochers crénelés du Poitou — avec des fiches illustrées pour chaque monument.
Pour les chrétiens qui souhaitent découvrir d'autres traditions de pèlerinage, le pèlerinage de Saint-Hubert dans les Ardennes belges est l'un des plus anciens et des plus vivants d'Europe, rassemblant chaque novembre chasseurs et pèlerins devant la basilique de Saint-Hubert.
Conseils pratiques pour visiter un monastère orthodoxe en France en 2026
1. Prendre contact bien à l'avance
Les monastères ortodoxes français ont des capacités d'hébergement très limitées et des demandes croissantes. Il faut écrire — de préférence par courrier postal, certaines communautés ne répondant pas aux courriels — deux à trois mois avant la date souhaitée. La lettre doit être brève, sincère et préciser les motivations. Un ton humble et respectueux est apprécié ; une démarche purement touristique n'est pas encouragée.
2. Respecter le code vestimentaire
Dans un monastère orthodoxe, les règles vestimentaires sont strictes. Pour les hommes : pantalon long, pas de bermudas ni de shorts, manches longues si possible dans l'église. Pour les femmes : jupe longue (sous le genou) obligatoire, épaules couvertes, foulard sur la tête dans l'église. Beaucoup de monastères fournissent des sarongs ou des châles à l'entrée pour les visiteurs non préparés. Il vaut mieux s'en équiper soi-même pour ne pas dépendre de cette provision.
3. Éteindre le téléphone
C'est une règle non écrite mais universellement comprise dans les monastères orthodoxes : le téléphone s'éteint ou se met en mode avion à l'entrée. Photographier les offices est systématiquement interdit. Photographier les moines ou les moniales sans leur permission explicite est malvenu. La vie monastique n'est pas un spectacle à consommer, c'est une réalité à habiter le temps du séjour.
4. Participer aux offices même sans tout comprendre
La barrière de la langue (slavon, grec) ou la méconnaissance des rites ne devrait pas empêcher d'assister aux offices. La présence physique et silencieuse dans un office orthodoxe est déjà une forme de prière. Les livres de prière en français sont souvent disponibles à l'entrée de l'église pour les hôtes. L'essentiel n'est pas de comprendre intellectuellement chaque mot, mais de se laisser porter par le chant, l'encens et la lumière des cierges.
5. Respecter la tradition d'hospitalité bénédictine et orthodoxe
L'hospitalité monastique est un devoir sacré dans la tradition chrétienne d'Orient comme d'Occident. Le moine ou la moniale hospitalière est l'image du Christ accueillant l'étranger. En retour, l'hôte est invité à honorer cet accueil par sa discrétion, sa ponctualité aux repas, et le soin apporté à sa cellule. Le dialogue entre les traditions monastiques orthodoxe et catholique en France est d'ailleurs une réalité vivante : la spiritualité bénédictine et les communautés monastiques de France partagent avec leurs homologues orthodoxes une même conviction sur la primauté de la prière liturgique dans la vie chrétienne.
6. Ne pas arriver avec des attentes précises
La plus grande erreur du retraitant néophyte est d'arriver avec une liste d'objectifs spirituels à atteindre en trois jours. Le monastère ne fonctionne pas comme un séminaire de développement personnel. Il fonctionne comme un champ où l'on plante une graine et où l'on attend — parfois longtemps, parfois contre toute attente — que quelque chose germe. Arriver sans programme, sans attente, dans une disponibilité totale : c'est peut-être le conseil le plus difficile à suivre et le plus transformateur à expérimenter.
Checklist avant de partir en retraite
- Écrire au monastère deux à trois mois à l'avance avec une lettre de motivation sincère
- Prévoir une tenue conforme au code vestimentaire (pantalon long, jupe longue, foulard)
- Prévoir d'éteindre ou de mettre en mode avion son téléphone à l'entrée
- Se renseigner sur la durée minimale de séjour acceptée par la communauté
Reste dans ta cellule et ta cellule t'apprendra tout ce que tu as besoin de savoir.— Abba Moïse, Père du désert (IVe siècle)
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Peut-on visiter un monastère orthodoxe en France sans être orthodoxe ?
Oui, la quasi-totalité des monastères orthodoxes en France accueillent des visiteurs non orthodoxes et même des non-chrétiens. La tradition monastique orthodoxe est fondamentalement hospitalière : la porte du monastère est ouverte à tous ceux qui viennent dans un esprit de recherche sincère. Les règles à respecter sont simples : tenue décente (épaules et genoux couverts), discrétion dans les lieux de prière, silence observé pendant les offices et les repas. Certains monastères proposent des retraites ouvertes aux personnes en quête spirituelle, quelle que soit leur appartenance confessionnelle.
Comment réserver une retraite dans un monastère orthodoxe en France ?
Il faut contacter le monastère directement, par courrier postal ou courriel, plusieurs semaines à l'avance. Les monastères ont généralement des capacités d'hébergement limitées (5 à 15 places pour les hôtes). La plupart demandent une lettre de motivation expliquant les raisons de la visite. Il est recommandé de préciser si l'on est orthodoxe, d'une autre confession ou sans appartenance religieuse. La durée minimale est souvent de 2 à 3 jours, certains monastères refusent les séjours d'une seule nuit. La participation aux offices n'est pas toujours obligatoire, mais elle est encouragée et fait partie de l'expérience monastique.
Quelle est la différence entre un monastère orthodoxe et un monastère catholique en France ?
La différence principale est liturgique et architecturale. Les offices orthodoxes sont entièrement chantés (pas d'orgue, que des voix a cappella), très longs (matines de 2 à 3 heures, liturgie divine d'environ 2 heures) et se déroulent face à l'iconostase. L'iconostase, cloison d'icônes séparant la nef du sanctuaire, est absente des églises catholiques. La prière orthodoxe implique davantage le corps : signes de croix, prosternations, métanies. Sur le plan de la vie communautaire, les similarités avec le monachisme bénédictin sont nombreuses : opus Dei (prière liturgique comme travail principal), hospitalité, travail manuel, stabilité. C'est pourquoi les monastères orthodoxes en France s'inscrivent souvent en dialogue avec les communautés bénédictines voisines.
Y a-t-il des monastères orthodoxes ouverts aux femmes en France ?
Oui, il existe plusieurs communautés monastiques orthodoxes féminines en France. Le Monastère de la Dormition à Bussy-en-Othe (Yonne) est une communauté de moniales orthodoxes reconnue pour l'accueil de retraitants. Des communautés plus petites de moniales ou de femmes consacrées existent également en Provence et dans le Sud-Ouest. Ces communautés reçoivent des hôtes des deux sexes, avec des espaces d'hébergement séparés. Les femmes peuvent généralement résider dans les hôtelleries et participer à tous les offices.
Comment se déroule une journée type dans un monastère orthodoxe ?
La journée monastique est rythmée par sept offices liturgiques héritée de la tradition du psautier. En pratique dans les petites communautés françaises, les offices principaux sont : les matines (6h-8h selon la saison), la Divine Liturgie du dimanche et des grandes fêtes (9h), les vêpres (18h) et les complies (20h30). Entre les offices, les moines travaillent : jardinage, fabrication artisanale (icônes, bougies, confitures, herbes), traduction liturgique, accueil des hôtes. Les repas sont pris en commun au réfectoire, souvent en silence avec lecture spirituelle. Le Grand Carême intensifie tous ces rythmes : offices plus longs, jeûne plus strict, travail spirituel plus soutenu.
Conclusion : l'appel du désert en terre française
Les monastères orthodoxes de France ne sont ni des musées ni des centres de retraite au sens contemporain du terme. Ce sont des maisons de Dieu vivantes, où des hommes et des femmes ont fait le choix radical de consacrer chaque heure de leur existence à la prière et à la conversion intérieure. Que vous soyez orthodoxe de naissance, converti, catholique curieux ou simplement quelqu'un qui cherche autre chose que ce que la société de consommation peut offrir, ces lieux vous accueillent.
L'accueil des hôtes dans la tradition monastique orthodoxe n'est pas un service accessoire : c'est une vocation. « Tout étranger qui frappe à notre porte est le Christ lui-même » — cette conviction, héritée des premiers moines d'Égypte et toujours vivante dans les communautés françaises, garantit à chaque visiteur sincère un accueil à la hauteur de ce qu'il cherche, souvent bien au-delà de ce qu'il espérait.