
Le rôle du parrain et de la marraine dans le baptême orthodoxe
1 août 2026 · 15 min de lecture · Rédaction paroisse-saint-martin.fr
Dans l'Église orthodoxe, le parrain ou la marraine n'est pas un simple témoin familial : il devient le garant spirituel du baptisé, surtout lorsque celui-ci est un enfant. Cet article détaille les conditions requises, les moments du rituel où il intervient, la différence entre baptême d'enfant et d'adulte, et comment préparer ce choix sans céder à la pression familiale.
Sommaire
- Une paternité spirituelle, pas une distinction sociale
- Qui peut être parrain ou marraine ?
- Le cas particulier du baptême d'un enfant
- Quand le baptisé est adulte
- Les moments du rituel où intervient le parrain
- Préparer le choix avec vérité et liberté
- Après la célébration : faire vivre le lien
- Questions fréquentes
Dans l'Église orthodoxe, le parrain ou la marraine n'est pas un simple témoin familial ni une présence symbolique autour de l'enfant. Il ou elle devient le garant spirituel du baptisé, particulièrement lorsque celui-ci est un enfant : il professe la foi en son nom, renonce au mal et s'engage à l'aider à vivre dans l'Église. Pour un adulte, le rôle est différent : le futur baptisé prononce lui-même les engagements liturgiques — comme le détaille notre guide du baptême orthodoxe adulte — mais son parrain ou sa marraine l'accompagne dans son chemin de foi et son intégration à la communauté.
Le choix d'un parrain ou d'une marraine mérite donc d'être préparé avec sérieux, sans pour autant devenir une source d'inquiétude ou de formalités abstraites. Les pratiques peuvent connaître des nuances selon les paroisses et les traditions locales. Un échange avec le prêtre reste indispensable avant de fixer une date de baptême.
Une paternité spirituelle, pas une distinction sociale
Dans le langage courant, le parrain et la marraine sont souvent associés aux cadeaux d'anniversaire, aux liens affectifs et à une forme de parenté choisie. Ces dimensions ne sont pas mauvaises, mais elles ne définissent pas leur fonction dans le baptême orthodoxe.
Le parrain ou la marraine est d'abord un témoin de la foi de l'Église. Il ne « donne » pas le baptême : c'est le Christ qui baptise, par le ministère du prêtre et dans l'eau consacrée. Mais il répond au nom de l'enfant, lorsque celui-ci ne peut pas encore confesser personnellement le Christ. Il s'engage alors à ne pas laisser cette confession devenir une formule prononcée une seule fois.
Cette responsabilité a un poids réel. Le filleul doit pouvoir trouver auprès de son parrain ou de sa marraine une personne qui prie, qui connaît au moins les fondements de la foi orthodoxe, qui fréquente l'Église et qui peut répondre avec simplicité à ses questions. Dans plusieurs traditions orthodoxes, on parle volontiers du parrain ou de la marraine comme d'un parent spirituel — un lien créé devant Dieu et porté au long des années, sans jamais remplacer les parents ni leur retirer leur responsabilité éducative.
Qui peut être parrain ou marraine ?
La première condition est habituellement claire : le parrain ou la marraine doit être un chrétien orthodoxe baptisé. Cette règle ne relève pas d'une fermeture sociale. La personne appelée à professer la foi au cours du rite doit pouvoir la confesser sincèrement et vivre de la vie sacramentelle de l'Église, comme le rappelle notre guide des sacrements orthodoxes du baptême.
La pratique la plus habituelle est de choisir une seule personne : un parrain pour un garçon, une marraine pour une fille. Il existe toutefois des usages paroissiaux où un parrain et une marraine sont tous deux présents. Cette question doit être réglée avec le prêtre, car les coutumes ne sont pas uniformes dans toutes les Églises locales.
Les critères concrets à examiner sont généralement les suivants :
- être baptisé dans l'Église orthodoxe ;
- vivre en communion avec l'Église, sans situation manifestement contraire à l'engagement demandé ;
- pouvoir dire le Symbole de foi et comprendre les principales paroles du rite ;
- être disposé à prier pour le filleul et à l'accompagner dans sa croissance chrétienne ;
- avoir une maturité suffisante pour assumer une responsabilité durable.
La question des chrétiens non orthodoxes demande également de la prudence. Dans l'usage orthodoxe ordinaire, ils ne peuvent pas être parrains au sens liturgique strict, puisque le parrain confesse la foi orthodoxe au cours du baptême. Certaines familles souhaitent néanmoins associer un proche catholique ou protestant à la célébration : il peut être présent, prier selon ce qui lui est possible, sans être inscrit comme parrain ou marraine du sacrement.

Le cas particulier du baptême d'un enfant
L'enfant est baptisé dans la foi de l'Église, reçue et confessée par ses parents, son parrain ou sa marraine, et toute l'assemblée. Il ne s'agit pas de nier sa liberté future. Au contraire, l'Église lui donne dès le commencement ce qu'elle considère comme la source de la vie nouvelle : l'union au Christ, l'onction du saint chrême et la participation à la communauté eucharistique.
Le parrain ou la marraine prend alors une place visible au cours de l'office. Il répond aux questions du prêtre, prononce les renoncements à Satan et l'adhésion au Christ au nom de l'enfant, puis récite le Symbole de foi. Son engagement ne s'achève évidemment pas à la porte de l'église :
- prier régulièrement pour son filleul, en le portant par son prénom ;
- offrir une icône, un Évangile adapté à son âge ou une croix, non comme un objet décoratif mais comme un soutien de foi ;
- accompagner l'enfant à l'église lorsque les parents le souhaitent ;
- marquer le jour anniversaire du baptême par une prière, une visite ou un message ;
- rester disponible lorsque surviennent les premières questions sur Dieu, la mort, le pardon ou la prière.
Les parents demeurent les premiers responsables de l'éducation chrétienne de leur enfant. Ils ne peuvent pas déléguer cette mission au parrain ou à la marraine. Le parrain intervient comme un appui, parfois comme un relais précieux, jamais comme un substitut.
Quand le baptisé est adulte : un accompagnateur plutôt qu'un porte-parole
Le baptême d'un adulte modifie profondément la fonction du parrain ou de la marraine. L'adulte répond lui-même aux questions posées au cours de l'office, comme le décrit en détail notre guide du catéchuménat orthodoxe adulte. Il renonce personnellement à Satan, s'unit au Christ et récite le Symbole de foi. Personne ne peut croire ni répondre à sa place.
Cela ne rend pas le parrain inutile. Son rôle devient celui d'un accompagnateur dans l'entrée concrète dans la vie orthodoxe. Le catéchumène découvre souvent un langage liturgique, un calendrier, des jeûnes, des fêtes et des pratiques de prière qui lui sont nouveaux.
Avant le baptême, il peut notamment aider le catéchumène à apprendre le Symbole de foi, l'encourager à suivre la préparation proposée par le prêtre, expliquer avec humilité ce qu'il connaît de la liturgie, l'accompagner aux offices lorsque cela est possible, et prier pour lui pendant le temps du catéchuménat. Après le baptême, son soutien est tout aussi nécessaire : le parrain n'est pas un contrôleur de pratique religieuse, il est un frère ou une sœur dans l'Église, capable d'encourager sans surveiller.
Les moments du rituel où intervient le parrain
Le baptême orthodoxe est un office dense, dont les gestes et les paroles expriment une même réalité : le passage de l'ancienne vie à la vie en Christ. Le tableau ci-dessous présente les étapes où le parrain ou la marraine est habituellement impliqué.
| Moment du baptême | Ce qui se déroule | Rôle habituel du parrain ou de la marraine |
|---|---|---|
| Prières initiales et exorcismes | Le prêtre prie pour la délivrance du catéchumène | Pour un enfant, le parrain répond selon les indications du prêtre ; pour un adulte, il prie auprès du baptisé |
| Renonciation à Satan | Le baptisé se détourne symboliquement du mal | Le parrain répond au nom de l'enfant ; l'adulte répond personnellement |
| Adhésion au Christ | Le baptisé affirme son union au Christ | Le parrain confesse cette adhésion pour l'enfant |
| Symbole de foi | La foi de l'Église est proclamée | Le parrain récite habituellement le Symbole pour l'enfant ; l'adulte le récite lui-même |
| Baptême dans l'eau | Le baptisé est plongé au nom de la Sainte Trinité | Il se tient prêt à recevoir l'enfant selon l'usage local |
| Chrismation | Le nouveau baptisé reçoit l'onction du saint chrême | Il accompagne le nouveau baptisé dans la procession |
| Participation à l'Eucharistie | Le nouveau membre de l'Église communie | Il aide les parents à préparer l'enfant |
Le parrain ou la marraine devra souvent préparer le Symbole de foi, aussi appelé Credo. Il est préférable de l'apprendre avant le jour du baptême plutôt que de le lire rapidement sur un téléphone au milieu de l'office. Pour toute question pratique (objets à apporter, date, préparation), la page de contact de la paroisse permet de solliciter les précisions utiles avant la célébration.
Préparer le choix avec vérité et liberté
Choisir un parrain ou une marraine peut réveiller des tensions familiales. On peut se sentir obligé de choisir un frère, une sœur, un ami ancien ou un proche qui attend cette place. Or le baptême ne devrait pas devenir la scène d'une négociation familiale.
La bonne question n'est pas : « Qui sera le moins blessé si nous le choisissons ? » Elle est plutôt : « Qui pourra aider cet enfant, ou cet adulte, à demeurer tourné vers le Christ ? » Avant de proposer cette mission à quelqu'un, une conversation directe est préférable :
- vis-tu actuellement dans la foi orthodoxe et dans la vie de l'Église ?
- te sens-tu prêt à prier pour ce filleul et à garder un lien durable avec lui ?
- acceptes-tu de connaître le Symbole de foi et de participer activement à l'office ?
- pourras-tu parler avec simplicité de la foi chrétienne lorsque l'occasion se présentera ?
Il n'est pas nécessaire de multiplier les parrains et marraines afin d'honorer plusieurs proches. La multiplication des noms peut brouiller la responsabilité que le rite confie à une personne déterminée.
Après la célébration : faire vivre le lien baptismal
Le baptême ne marque pas l'aboutissement d'un parcours religieux. Il ouvre une vie sacramentelle. Le premier devoir du parrain ou de la marraine est la prière — elle peut être très simple : citer le prénom du filleul dans la prière du matin ou du soir, demander à Dieu de lui donner la lumière, la paix et la persévérance.
Le lien peut aussi se nourrir de rendez-vous modestes : assister ensemble à une liturgie, allumer un cierge pour une intention, visiter une église, lire un passage d'Évangile, parler d'une icône. La paroisse peut soutenir cette croissance par ses offices et sa vie communautaire, comme le montre notre entretien sur la vie paroissiale orthodoxe en France.
Le parrain ou la marraine ne promet pas que son filleul ne connaîtra jamais le doute, l'éloignement ou les difficultés. Une telle promesse serait irréaliste. Il promet, à sa mesure, de ne pas traiter la foi reçue au baptême comme une affaire terminée.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Peut-on avoir plusieurs parrains et marraines dans l'Église orthodoxe ?
L'usage le plus courant prévoit un seul parrain ou une seule marraine, parfois un parrain et une marraine selon les traditions locales. Il faut demander au prêtre ce qui est retenu dans la paroisse où sera célébré le baptême. Ajouter plusieurs personnes pour des raisons familiales ne correspond pas toujours au sens liturgique de cette responsabilité.
Un catholique peut-il être parrain dans un baptême orthodoxe ?
Dans la pratique orthodoxe habituelle, le parrain ou la marraine doit être orthodoxe, puisqu'il confesse la foi orthodoxe au cours de l'office et garantit l'accompagnement religieux du baptisé. Un proche catholique peut être présent à la célébration, mais sa place éventuelle doit être discutée avec le prêtre.
Les parents peuvent-ils être parrain et marraine de leur propre enfant ?
Les parents sont déjà les premiers responsables de l'éducation chrétienne de leur enfant. Le parrain ou la marraine est normalement choisi en dehors d'eux, afin que l'enfant reçoive aussi le soutien spirituel d'un autre membre de l'Église.
Que doit savoir le parrain ou la marraine avant le baptême ?
Il doit au minimum comprendre le sens de son engagement, connaître le Symbole de foi et pouvoir participer aux réponses prévues durant l'office. Une rencontre de préparation avec le prêtre est vivement souhaitable, notamment si la personne connaît peu le déroulement du baptême orthodoxe.
Que faire si le parrain ou la marraine s'éloigne ensuite de l'Église ?
On ne recommence pas le baptême et on ne remplace pas liturgiquement le parrain ou la marraine. Les parents, la communauté paroissiale et d'autres proches croyants peuvent continuer à entourer le baptisé. Cette situation rappelle pourquoi le choix initial demande discernement et honnêteté.