Procession de la Semaine Sainte avec cierges et Epitaphios dans une eglise orthodoxe

La Semaine Sainte orthodoxe jour par jour

19 fevrier 2026 · 22 min de lecture

La Grande Semaine (Megali Evdomada en grec, Strastnaia Sedmitsa en slavon) est le sommet de l'annee liturgique orthodoxe. Pendant sept jours d'une intensite spirituelle sans equivalent, l'Eglise revit heure par heure les derniers jours de la vie terrestre du Christ, de son entree triomphale a Jerusalem jusqu'a sa Resurrection. Ce guide detaille chaque jour, chaque office, chaque rite et chaque symbole de cette semaine sacree qui culmine dans la nuit lumineuse de Paques.

Sommaire

La Semaine Sainte orthodoxe est precedee par les quarante jours du Grand Careme (le jeune du Careme orthodoxe), periode de preparation ascetique, de priere intensifiee et de repentance qui amene progressivement le fidele vers le mystere pascal. Chaque jour de la Grande Semaine possede sa propre thematique, ses propres offices et ses propres chants, formant un cycle liturgique d'une densite exceptionnelle.

Les offices de la Semaine Sainte sont les plus longs et les plus elabores de toute l'annee. Ils combinent lectures bibliques, hymnes, tropaires, sticheres, canons et actions symboliques dans un deroulement dramatique qui fait revivre aux fideles les evenements de la Passion comme s'ils y assistaient. Le fidele n'est pas spectateur : il est participant, contemporain des evenements qu'il celebre.

Une particularite du calendrier liturgique orthodoxe est que chaque jour commence le soir precedent (vesperale), selon l'usage biblique ("il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour", Genese 1:5). Ainsi, les Matines du Grand Lundi sont souvent celebrees le dimanche soir, celles du Grand Mardi le lundi soir, etc. C'est pourquoi les fideles sont appeles a l'eglise chaque soir de la Semaine Sainte.

Dimanche des Rameaux : l'entree a Jerusalem

Le dimanche des Rameaux (Kyriaki ton Vaion en grec, Verbnoe Voskresenie en russe) celebre l'entree triomphale de Jesus a Jerusalem, monte sur un anon, acclame par la foule agitant des palmes et criant "Hosanna au Fils de David !" (Matthieu 21:1-11, Jean 12:12-19). C'est une fete joyeuse, la derniere avant le debut de la Passion.

Les offices du jour

La Vigile du samedi soir commence avec les Grandes Vepres suivies des Matines. Le tropaire du jour — "Ensevelis avec Toi dans le bapteme, o Christ notre Dieu, nous avons ete rendus dignes de la vie immortelle par Ta Resurrection, et nous chantons en clamant : Hosanna dans les hauteurs, beni est Celui qui vient au nom du Seigneur !" — est chante a de multiples reprises. A la fin des Matines, les fideles recoivent des branches de palmier (ou, en Russie et dans les pays slaves, des branches de saule, verba, d'ou le nom du jour) benites par le pretre.

La Divine Liturgie du dimanche matin est celle de saint Jean Chrysostome. L'Evangile lu est Jean 12:1-18 (l'onction de Bethanie et l'entree a Jerusalem). Le chant "Ensevelis avec Toi dans le bapteme" remplace le Trisagion. Les fideles tiennent leurs branches de palmier pendant toute la liturgie. Dans les paroisses russes, l'iconostase et l'eglise sont decorees de branches de saule.

Symbolisme

Le dimanche des Rameaux a une tonalite ambivalente. C'est une fete joyeuse — le Christ est acclame comme roi — mais aussi une fete teintee de melancolie, car la foule qui crie "Hosanna !" criera "Crucifie-le !" quelques jours plus tard. L'anon sur lequel monte Jesus (et non un cheval de guerre) signifie qu'il est un roi de paix, non de puissance. Les branches de palmier, symboles de victoire, anticipent la victoire definitive sur la mort que sera la Resurrection.

Grand Lundi et Grand Mardi : les paraboles du Jugement

Grand Lundi

Le Grand Lundi (Megali Deftera) est place sous le signe du patriarche Joseph, vendu par ses freres en Egypte — figure veterotestamentaire du Christ trahi par les siens — et du figuier sterile maudit par Jesus (Matthieu 21:18-22), symbole de ceux qui portent l'apparence de la piete sans en avoir les fruits.

L'office de l'Epoux (Akolouthia tou Nymphiou) est celebre le dimanche soir. C'est l'un des offices les plus beaux et les plus poignants de l'annee liturgique. Il tire son nom du tropaire central : "Voici l'Epoux qui vient au milieu de la nuit ; bienheureux le serviteur qu'Il trouvera vigilant ; indigne, en revanche, celui qu'Il trouvera negligent. Prends garde, o mon ame, de ne pas t'assoupir, afin de n'etre pas livree a la mort et d'etre exclue du Royaume. Mais reviens a toi et crie : Saint, Saint, Saint es-Tu, notre Dieu ; par la Theotokos, aie pitie de nous."

L'icone de l'Epoux (Nymphios) — representant le Christ couronne d'epines, les mains liees, portant le roseau comme un sceptre derisoire, le regard d'une douceur infinie — est placee au centre de l'eglise et y demeure jusqu'au Grand Mercredi soir. Le pretre et les chantres portent des vetements sombres (violets ou noirs), et les lumieres de l'eglise sont tamisees.

Grand Mardi

Le Grand Mardi (Megali Triti) est consacre aux paraboles eschatologiques prononcees par Jesus dans le Temple de Jerusalem pendant ses derniers jours : la parabole des dix vierges (Matthieu 25:1-13), la parabole des talents (Matthieu 25:14-30) et la parabole du Jugement dernier (Matthieu 25:31-46 : "Ce que vous avez fait a l'un de ces plus petits, c'est a moi que vous l'avez fait").

L'office de l'Epoux du lundi soir reprend la meme structure que celui de la veille, avec le meme tropaire de l'Epoux. Les hymnes (sticheres) du Grand Mardi insistent sur la vigilance et la preparation : la parabole des dix vierges enseigne que seules celles qui avaient de l'huile dans leurs lampes (symbole des bonnes oeuvres et de la priere) ont pu accueillir l'Epoux. Le kontakion du jour est poignant : "A l'heure de la fin, o mon ame, pense et crains que le figuier ne soit coupe, travaille le talent qui t'a ete confie, veille et crie : Ne nous exclue pas de ta chambre nuptiale, o Christ."

Icone de l'Epoux (Nymphios) representant le Christ couronne d'epines dans une eglise sombre eclairee de cierges
L'icone de l'Epoux (Nymphios), placee au centre de l'eglise du dimanche des Rameaux au Grand Mercredi : le Christ patient et doux, Epoux de l'Eglise, attendant la reponse de chaque ame.

Grand Mercredi : l'onction et la trahison

Le Grand Mercredi (Megali Tetarti) juxtapose deux figures feminines antithetiques : la pecheresse repentie qui oint les pieds de Jesus de parfum precieux et les essuie de ses cheveux (Luc 7:36-50, conflation avec Marie de Bethanie, Jean 12:1-8), et la trahison de Judas Iscariote qui, au meme moment, va trouver les grands pretres pour leur vendre son maitre pour trente pieces d'argent (Matthieu 26:14-16).

Le contraste est saisissant et delibere : pendant que la pecheresse offre ce qu'elle a de plus precieux (le parfum de grand prix, symbole de l'amour total), Judas vend ce qui n'a pas de prix (son Maitre, le Fils de Dieu). L'hymne principal du jour, le tropaire de Cassienne — compose par la poetesse et hymnographe Cassienne (Kassia, vers 810-vers 865), l'une des rares femmes compositrices de l'histoire byzantine — est l'un des joyaux du repertoire liturgique orthodoxe :

"Seigneur, cette femme tombee dans de nombreux peches, ayant percu ta divinite, assuma le role de myrrhophore et, se lamentant, t'apporta des aromates avant ta sepulture. Helas, dit-elle, quelle nuit m'enveloppe, quel sombre et sans-lune delire de l'incontinence, un desir passionnel du peche. Accueille mes sources de larmes, Toi qui par les nuees repands l'eau de la mer. Incline-toi vers les soupirs de mon coeur, Toi qui as incline les cieux par ton ineffable abaissement..."

Le Grand Mercredi est aussi le dernier jour ou la Liturgie des Presanctifies (liturgie sans consecration, avec des Dons consacres le dimanche precedent) peut etre celebree pendant le Grand Careme. C'est traditionnellement le jour ou les fideles s'approchent du sacrement de la confession en preparation de la communion du Grand Jeudi.

Le soir du Grand Mercredi marque une transition : le dernier office de l'Epoux est celebre, l'icone du Nymphios est retiree, et le Saint-Chrême (myrrhe) est traditionnellement consacre par le patriarche dans les eglises patriarcales (une ceremonie qui n'a lieu que tous les quelques annees).

Grand Jeudi : la Cene mystique et la trahison

Le Grand Jeudi (Megali Pempti, Veliki Tchetvereg en russe) est l'un des jours les plus denses de la Semaine Sainte. Il commemore quatre evenements : le Lavement des pieds, la Derniere Cene (institution de l'Eucharistie), la priere a Gethsemani et l'arrestation de Jesus.

La Liturgie de saint Basile

Le matin du Grand Jeudi, la Divine Liturgie de saint Basile le Grand est celebree — l'une des rares occasions ou cette liturgie plus ancienne et plus longue remplace celle de saint Jean Chrysostome. L'hymne chante a la place du Cherubikon est extraordinaire : "A ta Cene mystique, o Fils de Dieu, recois-moi aujourd'hui comme communiant. Car je ne revelerai pas le Mystere a tes ennemis, je ne te donnerai pas un baiser comme Judas, mais comme le Larron je te confesse : Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton Royaume."

C'est le texte que chaque fidele recite interieurement avant de recevoir la communion, et le Grand Jeudi est l'un des jours ou la communion est la plus souhaitee et la plus pratiquee. L'Evangile lu est la compilation des quatre recits de la Cene (Matthieu 26, Marc 14, Luc 22, Jean 13).

Le Lavement des pieds

Dans les cathedrales et les grands monasteres, le Lavement des pieds (Nipter) est accompli : l'eveque ou l'higoumene lave les pieds de douze pretres ou moines, reproduisant le geste du Christ qui lava les pieds de ses disciples (Jean 13:1-17). Ce rite, d'une grande humilite, illustre l'enseignement du Christ : "Si moi, le Seigneur et le Maitre, je vous ai lave les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres."

Les Douze Evangiles de la Passion

Le jeudi soir, l'Office des Douze Evangiles (Akolouthia ton Agion Pathon, "Office des Saintes Souffrances") est le point culminant dramatique de la Semaine Sainte. Douze lectures evangeliques retracent la Passion dans l'ordre chronologique, de la priere a Gethsemani jusqu'a la mise au tombeau :

  1. Jean 13:31-18:1 — Les discours d'adieu et la priere sacerdotale
  2. Jean 18:1-28 — L'arrestation et le proces devant Anne et Caiphe
  3. Matthieu 26:57-75 — Le reniement de Pierre
  4. Jean 18:28-19:16 — Le proces devant Pilate
  5. Matthieu 27:3-32 — Le desespoir de Judas, la flagellation, le chemin de croix
  6. Marc 15:16-32 — La crucifixion
  7. Matthieu 27:33-54 — La mort sur la croix, le voile du Temple dechire
  8. Luc 23:32-49 — Le Bon Larron, les paroles du Christ en croix
  9. Jean 19:25-37 — La Vierge au pied de la croix, le coup de lance
  10. Marc 15:43-47 — Joseph d'Arimathie demande le corps
  11. Jean 19:38-42 — L'ensevelissement
  12. Matthieu 27:62-66 — La garde au tombeau

Entre chaque lecture, des antiphons (hymnes) commentent les evenements. Apres le cinquieme Evangile, la grande croix de procession est portee au centre de l'eglise et dressee devant les fideles. Les lumieres s'eteignent progressivement au fil des lectures. L'office dure de deux heures et demie a trois heures et constitue une experience spirituelle bouleversante.

Grand Vendredi : la Mise au tombeau

Le Grand Vendredi (Megali Paraskevi, Velikaia Piatnitsa en russe) est le jour le plus sombre de l'annee liturgique : le jour ou le Christ meurt sur la Croix. C'est un jour de deuil absolu. Aucune Divine Liturgie n'est celebree (il est canoniquement interdit de celebrer l'Eucharistie le Grand Vendredi, car le Sacrifice est accompli sur le Golgotha meme). Le jeune est le plus strict de l'annee : idealement, aucune nourriture n'est prise de toute la journee.

Les Grandes Heures Royales

Le matin du Grand Vendredi, les Grandes Heures Royales (Vassilikes Ores) sont celebrees. Cet office combine les quatre heures canoniques (Prime, Tierce, Sexte, None) en un seul office continu. Chaque heure comprend trois psaumes, une prophetie veterotestamentaire, une lecture apostolique et un Evangile de la Passion, encadres par des tropaires et des sticheres. L'office dure environ deux heures.

Les Vepres de la Descente de Croix

Dans l'apres-midi du Grand Vendredi (traditionnellement a 15 heures, l'heure de la mort du Christ), les Grandes Vepres sont celebrees. C'est l'office de la Descente de Croix (Apokathelosis). L'Evangile lu est la compilation des recits de la Passion et de l'ensevelissement. Au moment ou le texte mentionne la descente du corps de la Croix par Joseph d'Arimathie et Nicodeme, le pretre retire le corpus (corps du Christ) du crucifix place au centre de l'eglise et l'enveloppe dans un linceul blanc.

L'Epitaphios (en grec) ou Plaschanitsa (en slavon) — un grand tissu brode representant le Christ mort, couche sur le linceul — est ensuite porte en procession solennelle et depose sur un cercueil symbolique (Kouvouklion en grec, Grob Gospodень en slavon), decore de fleurs. Les fideles s'avancent un a un pour venerer l'Epitaphios, l'embrasser et se prosterner devant le Christ mort.

Procession de l'Epitaphios le Grand Vendredi avec cierges, fleurs et fideles portant le cercueil symbolique
La procession de l'Epitaphios dans les rues, le soir du Grand Vendredi : les fideles portent le Christ au tombeau, accompagnes de chants funeraires et de cierges.

L'office de l'Epitaphios

Le vendredi soir (ou dans la nuit de vendredi a samedi selon les paroisses), les Matines du Grand Samedi sont celebrees — c'est l'office de l'Epitaphios, l'un des plus beaux de toute la tradition orthodoxe. Le coeur de cet office est le chant des Lamentations (Engomia), divisees en trois stases (stations) :

  • Premiere stase — Chaque strophe commence par "La Vie est mise au tombeau" et medite sur le paradoxe de la mort du Dieu vivant
  • Deuxieme stase — Les strophes, plus breves, expriment la plainte de la creation devant la mort de son Createur
  • Troisieme stase — Ton plus espere, qui commence a pressentir la Resurrection

A la fin de l'office, l'Epitaphios est porte en procession autour de l'eglise (ou dans les rues dans les pays orthodoxes), accompagne de chants funeraires, de cierges et d'encens. Les fideles marchent derriere le Christ mort, dans un silence recueilli. En Grece, ces processions mobilisent des villes entieres. La Paque orthodoxe et ses traditions sont inseparables de cette Semaine Sainte qui la precede et la prepare.

Grand Samedi : la Descente aux enfers

Le Grand Samedi (Megalo Savvato, Velikaia Soubbota en russe) est un jour de silence et d'attente. Le Christ est au tombeau. Mais la theologie orthodoxe enseigne que ce silence apparent est en realite le theatre de l'evenement le plus cosmique de l'histoire du salut : la Descente aux enfers (Katabasis eis Hadou).

La Descente aux enfers dans la theologie orthodoxe

Pendant que son corps repose au tombeau, l'ame du Christ descend dans le sejour des morts (Hades, Sheol) pour en liberer les justes de l'Ancien Testament — Adam et Eve, les patriarches, les prophetes — retenus captifs depuis la Chute. C'est ce qu'exprime le tropaire du jour : "Quand Tu es descendu vers la mort, o Vie immortelle, Tu as terrasse l'Enfer par l'eclat de Ta Divinite. Et quand Tu as ressuscite les morts des lieux souterrains, toutes les puissances celestes se sont ecriees : Donneur de vie, Christ notre Dieu, gloire a Toi !"

L'icone de la Resurrection dans la tradition orthodoxe ne represente pas le Christ sortant du tombeau (comme dans l'art occidental), mais le Christ descendant aux enfers, brisant les portes de l'Hades, foulant aux pieds la mort personnifiee, et saisissant par la main Adam et Eve pour les arracher au sejour des morts. Cette icone, appelee Anastasis, est l'image pascale par excellence de l'orthodoxie.

La Liturgie de saint Basile du Grand Samedi

Le matin du Grand Samedi, la Divine Liturgie de saint Basile le Grand est celebree, precedee des Vepres. C'est l'un des offices les plus riches de l'annee. Quinze lectures prophetiques de l'Ancien Testament retracent toute l'histoire du salut, de la Creation (Genese 1) a la traversee de la Mer Rouge (Exode 14), en passant par le sacrifice d'Abraham (Genese 22), Jonas dans la baleine (Jonas 1-4), les trois jeunes dans la fournaise (Daniel 3) et les propheties de la Resurrection (Ezechiel 37, la vision des ossements desseches).

A un moment precis de la liturgie, les vetements liturgiques passent du noir (ou violet sombre) au blanc, et le chant change de registre : "Releve-toi, o Dieu, juge la terre, car Tu heriteras de toutes les nations !" (Psaume 81:8). C'est le premier signe de la Resurrection imminente. Dans les paroisses russes, le pretre repand des feuilles de laurier sur le sol de l'eglise. Les oeufs de Paques sont traditionnellement teints en rouge le Grand Samedi — le rouge symbolisant le sang du Christ et la Resurrection.

La nuit de Paques : Christos Anesti !

La nuit de Paques est le sommet absolu de l'annee liturgique orthodoxe, le "saint des saints" du calendrier. C'est la nuit ou la mort est vaincue, ou le Christ ressuscite, ou l'humanite entiere est appelee a la vie eternelle. Pour l'Eglise orthodoxe, Paques n'est pas une fete parmi d'autres : c'est LA fete, la "Fete des fetes, la Solennite des solennites" (saint Gregoire de Nazianze).

L'office de minuit

La celebration commence le samedi soir, tard dans la nuit. Vers 23 heures, les fideles se rassemblent dans l'eglise encore plongee dans l'obscurite et le deuil du Grand Samedi. L'Epitaphios est toujours expose. Un dernier office est chante dans le silence et la penombre.

Peu avant minuit, toutes les lumieres de l'eglise sont eteintes. L'obscurite totale symbolise les tenebres du tombeau et de la mort. Le pretre se retire dans le sanctuaire. Le silence est absolu.

La proclamation de la Resurrection

A minuit exactement, le pretre sort du sanctuaire par les Portes Royales avec un cierge allume — la Lumiere du Christ — en chantant : "Venez, recevez la lumiere de la Lumiere sans declin, et glorifiez le Christ ressuscite des morts !" La flamme est transmise de cierge en cierge, de fidele en fidele, jusqu'a ce que toute l'eglise soit illuminee. Ce moment — le passage des tenebres a la lumiere — est d'une beaute saisissante.

Le clerge et les fideles sortent ensuite en procession autour de l'eglise, portant les cierges allumes, la croix de procession, les icones et l'Evangile. La procession s'arrete devant les portes fermees de l'eglise (symbolisant le tombeau scelle). Le pretre chante alors pour la premiere fois le tropaire pascal :

"Christos anesti ek nekron, thanato thanaton patissas, ke tis en tis mnimasi, zoin charisamenos !"

"Le Christ est ressuscite des morts ! Par la mort Il a vaincu la mort, et a ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donne la vie !"

Ce tropaire est repete des dizaines de fois au cours de la nuit, de plus en plus fort, de plus en plus joyeux. Les cloches sonnent a toute volee. Les fideles s'embrassent en se disant "Christos Anesti !" ("Le Christ est ressuscite !") et repondent "Alithos Anesti !" ("En verite, Il est ressuscite !"). C'est le moment le plus intense de joie de l'annee orthodoxe.

Fideles orthodoxes tenant des cierges allumes lors de la procession pascale dans la nuit de Paques
La nuit de Paques : les fideles, cierges allumes, proclament la Resurrection du Christ dans la lumiere qui a dissipe les tenebres de la mort.

Les Matines et la Liturgie pascales

L'assemblee entre dans l'eglise transformee : toutes les lumieres sont allumees, les vetements sont blancs et dores, les fleurs decorent l'iconostase. Les Matines pascales sont l'office le plus joyeux du repertoire orthodoxe. Le Canon pascal de saint Jean Damascene (VIIIe siecle) est chante, avec ses odes triomphales : "C'est le jour de la Resurrection, soyons illumines par la fete, embrassons-nous les uns les autres, appelons aussi freres ceux qui nous haissent, pardonnons tout a cause de la Resurrection, et crions ainsi : Christ est ressuscite des morts !"

Apres les Matines, la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome est celebree. L'Evangile de Jean 1:1-17 ("Au commencement etait le Verbe") est lu en plusieurs langues — grec, slavon, francais, arabe, roumain, georgien — symbolisant l'universalite de l'annonce pascale a toutes les nations. Dans les grandes cathedrales, l'Evangile peut etre lu en dix ou quinze langues.

Apres la liturgie, le jeune est rompu. Les fideles partagent un repas pascal qui comprend traditionnellement des oeufs teints en rouge (le premier oeuf casse est un moment de joie), du pain pascal (koulich en Russie, tsoureki en Grece, pasca en Roumanie), de l'agneau, de la paskha (gateau au fromage blanc en Russie) et du vin. C'est la fete de la vie retrouvee.

Questions frequentes

Pourquoi la Semaine Sainte orthodoxe tombe-t-elle a une date differente de la Semaine Sainte catholique ?

La difference provient du calendrier utilise pour calculer la date de Paques. L'Eglise orthodoxe calcule la date de Paques selon le calendrier julien (et non gregorien) et applique une regle supplementaire : Paques orthodoxe ne peut jamais tomber avant ou en meme temps que la Paque juive (Pessah). En raison du decalage entre les calendriers julien et gregorien (13 jours au XXIe siecle) et de cette regle pascale, les deux Paques coincident certaines annees mais peuvent etre separees de 1 a 5 semaines les autres annees.

Que mange-t-on pendant la Semaine Sainte orthodoxe ?

La Semaine Sainte est la semaine de jeune la plus stricte de l'annee orthodoxe. Du Grand Lundi au Grand Mercredi, les fideles pratiquent la xerophagie (aliments secs : pain, fruits secs, noix, legumes crus). Le Grand Jeudi, l'huile et le vin sont autorises. Le Grand Vendredi est un jour de jeune total (aucune nourriture) pour ceux qui le peuvent, ou bien un jeune strict sans huile. Le Grand Samedi, le jeune est maintenu jusqu'a la celebration pascale dans la nuit. Le jeune est rompu apres la liturgie de Paques, traditionnellement avec des oeufs teints en rouge, du pain pascal (koulich, tsoureki, pasca selon les traditions) et de la viande d'agneau.

Qu'est-ce que l'Epitaphios (Plaschanitsa) du Grand Vendredi ?

L'Epitaphios (en grec) ou Plaschanitsa (en slavon) est un grand tissu brode representant le Christ mort, couche sur un linceul, entoure d'anges et parfois de la Vierge, de Jean et de Joseph d'Arimathie. Le Grand Vendredi soir, l'Epitaphios est place sur un cercueil symbolique decore de fleurs (le Kouvouklion) au centre de l'eglise, et les fideles viennent s'incliner devant lui et l'embrasser. A la fin de l'office des Laudes du Grand Samedi matin, l'Epitaphios est porte en procession autour de l'eglise, accompagne de chants funeraires. C'est l'un des moments les plus emouvants de l'annee liturgique.

Pourquoi les orthodoxes allument-ils des cierges a Paques ?

A minuit dans la nuit de Paques, toutes les lumieres de l'eglise sont eteintes, symbolisant les tenebres de la mort et du tombeau. Le pretre sort du sanctuaire avec un cierge allume (le feu nouveau, symbolisant le Christ ressuscite qui est la Lumiere du monde) et transmet la flamme aux fideles de proche en proche. En quelques minutes, l'eglise entiere est illuminee par les cierges des fideles, symbolisant la Resurrection qui dissipe les tenebres de la mort. Les fideles ramenent ensuite le cierge pascal allume chez eux pour benir leur maison.

Combien de temps durent les offices de la Semaine Sainte orthodoxe ?

Les offices de la Semaine Sainte sont les plus longs de l'annee liturgique. Les Matines du Grand Lundi au Grand Mercredi (office de l'Epoux) durent environ 2 heures chacune. Les Matines du Grand Jeudi (les Douze Evangiles de la Passion) durent 2h30 a 3 heures. Les Grandes Heures Royales du Grand Vendredi matin durent 2 heures. Les Vepres de la Descente de Croix (vendredi apres-midi) durent 1h30. L'office de l'Epitaphios (vendredi soir / samedi matin) dure 2 a 3 heures. La Vigile pascale (samedi soir a dimanche) dure 3 a 4 heures. Au total, un fidele assidu participe a 20 a 25 heures d'offices pendant la Semaine Sainte.

Que signifie 'Christos Anesti' et quelle est la reponse ?

Christos Anesti (en grec : Χριστός Ανέστη) signifie 'Le Christ est ressuscite'. C'est la salutation pascale que les orthodoxes s'echangent pendant les quarante jours qui suivent Paques (de la nuit de Paques a l'Ascension). La reponse est Alithos Anesti (Αληθώς Ανέστη), qui signifie 'En verite, Il est ressuscite'. En slavon, la formule est Khristos Voskresse / Voistinou Voskresse. En roumain : Hristos a inviat / Adevarat a inviat. En arabe : Al-Masih Qam / Haqqan Qam.

Peut-on assister aux offices de la Semaine Sainte orthodoxe sans etre orthodoxe ?

Oui, les offices de la Semaine Sainte sont ouverts a tous. L'Eglise orthodoxe accueille les visiteurs avec bienveillance. Il est recommande de s'habiller correctement (pas de shorts ni de debardeurs), d'arriver avant le debut de l'office, de rester debout ou de s'asseoir aux places disponibles, de ne pas photographier pendant les moments solennels, et de ne pas communier (la communion est reservee aux orthodoxes baptises et prepares). Les offices du Grand Vendredi (Descente de Croix, procession de l'Epitaphios) et la Vigile pascale sont les plus spectaculaires et les plus accessibles aux visiteurs.