La salle paroissiale du centre culturel roumain orthodoxe, rue Jean-de-Beauvais à Paris, était décorée de photos de mariages orthodoxes — des dizaines de couples, couronnes sur la tête, le regard tourné vers l'autel. Le Père Teodor, en robe noire et croix pectorale, nous attendait avec un sourire large et deux tasses de thé. Vingt-deux ans de mariages dans les yeux. Cet entretien complète notre guide des traditions du mariage orthodoxe qui couvre l'ensemble du rite de bout en bout.
Père Teodor, qu'est-ce que le stéphanoma et pourquoi occupe-t-il une place si centrale dans le mariage orthodoxe ?
Isabelle MoreauPère Teodor, pour nos lecteurs qui ne connaissent pas le mariage orthodoxe, pouvez-vous commencer par définir le stéphanoma et expliquer pourquoi ce rite est si central dans la liturgie du mariage ?
Père Teodor MoldovanLe mot stéphanoma vient du grec stéphanos, la couronne. C'est le rite du couronnement. Dans la liturgie du mariage orthodoxe, le stéphanoma est le moment où le prêtre prend deux couronnes et les pose sur la tête de chaque époux, en prononçant la formule : « Le serviteur de Dieu [prénom] est couronné de la servante de Dieu [prénom], au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Cette formule est répétée trois fois pour chaque époux. C'est le moment sacramentel par excellence — si l'on peut dire « le moment » pour un sacrement qui est une liturgie entière, pas un seul acte.
Pourquoi est-ce central ? Parce que l'orthodoxie comprend le mariage comme un sacrement royal. Les époux ne reçoivent pas seulement une bénédiction conjugale : ils reçoivent une dignité. Ils sont couronnés rois et reines d'un petit royaume — leur foyer. L'Église orthodoxe appelle ce foyer l'« Église domestique » — domashnaya tserkov en russe, biserica de acasa en roumain. Saint Jean Chrysostome disait : « Quand mari et femme sont unis dans le mariage, ils ne forment plus deux corps mais un seul. » Le couronnement exprime cette dignité nouvelle : les deux époux reçoivent ensemble une vocation royale et sacerdotale pour leurs enfants, leurs proches, le monde.
Quelle est la symbolique précise des couronnes tressées ? Pourquoi ce symbole de la couronne et pas un autre ?
Isabelle MoreauLa couronne est un symbole très fort. Mais pourquoi les époux, précisément ? Et pourquoi les couronnes sont-elles parfois en or, parfois en fleurs tressées, parfois en feuilles de vigne ?
Père Teodor MoldovanLa symbolique de la couronne dans le mariage orthodoxe est triple, et les Pères en ont développé les trois dimensions.
La première dimension est la royauté. Les couronnes sont les couronnes des rois et reines. En mettant une couronne sur la tête des époux, l'Église dit : vous êtes désormais les souverains responsables de votre foyer. Votre foyer est votre royaume. Les décisions qui y sont prises — l'éducation des enfants, l'accueil de l'étranger, le rapport à l'argent, à la foi — sont vos décisions royales. C'est une dignité énorme. Et comme toute royauté réelle, elle s'accompagne d'une responsabilité proportionnelle.
La deuxième dimension est la martyre et l'athlétisme spirituel. Saint Jean Chrysostome est très explicite dans ses homélies sur l'Épître aux Éphésiens : les couronnes du mariage sont aussi les couronnes des martyrs et des athlètes. Le mariage est un combat spirituel. Pas un combat contre l'autre — un combat commun contre les forces de destruction intérieure, l'orgueil, la paresse, l'indifférence. Les époux sont des martyrs l'un pour l'autre, au sens originel : des témoins de l'amour de Dieu dans la chair du quotidien.
La troisième dimension est la gloire de la création. Le psaume 8 dit : « Tu l'as couronné de gloire et d'honneur. » L'homme et la femme portent en eux la gloire de Dieu. Le mariage est le lieu où cette gloire s'exprime dans sa forme la plus complète : l'union de deux êtres faits à l'image de Dieu, qui décident de marcher ensemble vers leur ressemblance divine.
Quant aux matériaux des couronnes : les couronnes en métal doré (typiques des traditions grecque et russe) évoquent la royauté permanente. Les couronnes en fleurs fraîches (communes dans certaines régions de Roumanie et de Grèce) évoquent la nouveauté et la fragilité de la vie — la beauté qui fleurit et qui passe. Certaines paroisses utilisent les deux : les fleurs lors de la cérémonie, conservées ensuite dans une couronne sèche. Les feuilles de vigne, présentes dans certaines traditions serbes et géorgiennes, rappellent le miracle de Cana et l'eucharistie.
| Dimension symbolique | Signification | Référence |
|---|---|---|
| Royauté | Les époux deviennent souverains responsables de leur foyer | Théologie patristique de l'« Église domestique » |
| Martyre et athlétisme spirituel | Le mariage est un combat commun contre les forces de destruction intérieure | Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Épître aux Éphésiens |
| Gloire de la création | L'homme et la femme portent la gloire de Dieu, exprimée dans leur union | Psaume 8:6 |
Y a-t-il des différences notables entre les traditions roumaine, russe et grecque dans le rite des couronnes ?
Isabelle MoreauEn France, on croise des fidèles orthodoxes de nombreuses origines. Comment le rite du stéphanoma se passe-t-il concrètement selon qu'on est dans une paroisse roumaine, russe ou grecque ?
Père Teodor MoldovanLe fond théologique est identique — c'est le même sacrement, avec les mêmes textes tirés du même Euchologe (livre de prières liturgiques byzantin). Les différences sont dans les détails rituels, la forme des couronnes et les traditions musicales.
Dans la tradition grecque, les couronnes sont généralement en métal — argent ou métal doré — tressées comme des diadèmes, souvent reliées par un ruban blanc qui symbolise le lien. L'imposition est très solennelle, avec des inclinaisons profondes. Le tour de l'analogion est chanté avec des tropaires byzantins à une voix, très lentement. Dans de nombreuses paroisses grecques aujourd'hui, les couronnes sont achetées en bijouterie, parfois assorties aux alliances.
Dans la tradition russe, les couronnes sont souvent plus imposantes — en métal doré ou argenté, de forme presque impériale, rappelant les couronnes royales. Dans certaines paroisses russes, notamment celles de la vieille émigration (Paris, Sainte-Geneviève-des-Bois), les couronnes sont tenues au-dessus de la tête des époux par les témoins (les porochtchanye) durant toute la liturgie, sans être posées sur les têtes — tradition ancienne liée à la longueur des offices. Dans les paroisses récentes, les couronnes sont posées directement.
Dans la tradition roumaine — la mienne — les couronnes varient beaucoup selon les régions. En Transylvanie, on trouve encore des couronnes de fleurs fraîches tressées par la famille. En Moldavie, les couronnes en métal dorés prédominent. Un détail particulier à la tradition roumaine : on chante le tropaire Isaïe, réjouis-toi avec une mélodie spécifique, très reconnaissable, souvent en polyphonie. Et le tour de l'analogion est accompagné du lancer de fleurs par les enfants de l'assistance — une coutume populaire très belle.
Pour une vue d'ensemble des traditions complètes du mariage orthodoxe selon les différentes Églises, notre guide compare aussi les pratiques serbes, géorgiennes et bulgares.
| Tradition | Matériau des couronnes | Particularité rituelle |
|---|---|---|
| Grecque | Métal (argent ou doré), diadèmes reliés par un ruban blanc | Imposition solennelle, tour de l'analogion chanté à une voix |
| Russe | Métal doré ou argenté, forme quasi impériale | Dans certaines paroisses de la vieille émigration, couronnes tenues au-dessus des têtes par les témoins |
| Roumaine | Fleurs fraîches (Transylvanie) ou métal doré (Moldavie) | Tropaire « Isaïe, réjouis-toi » en polyphonie, lancer de fleurs par les enfants |

Comment se déroule concrètement l'imposition des couronnes par le prêtre ?
Isabelle MoreauPour quelqu'un qui n'a jamais assisté à un mariage orthodoxe, pouvez-vous décrire moment par moment le rite de l'imposition des couronnes ?
Père Teodor MoldovanDans le déroulement de la liturgie du mariage orthodoxe, le stéphanoma arrive après la bénédiction des couronnes et l'échange des alliances. Les époux sont debout devant l'analogion (le pupitre liturgique) ou devant l'autel. Le prêtre prend la couronne de l'époux, la bénit en faisant le signe de la croix sur le front de l'homme, et prononce la formule en la posant sur sa tête. Il répète le geste trois fois. Puis il fait de même pour l'épouse.
Dans certaines traditions, le prêtre échange ensuite les couronnes trois fois — la couronne de l'époux est posée sur la tête de l'épouse, puis de nouveau sur celle de l'époux, et ainsi de suite. Ce rite de l'échange des couronnes symbolise la réciprocité de l'amour conjugal et l'unité profonde des deux époux : ils partagent non seulement leur vie mais leur dignité, leur couronne. Après l'imposition définitive des couronnes, le prêtre tient les mains des époux dans les siennes (ou enveloppe leurs mains dans son étole) et les conduit pour le tour de l'analogion.
Que signifie le tour de l'analogion ? Pourquoi trois fois ?
Isabelle MoreauLe tour de l'analogion est souvent décrit comme le moment le plus émouvant du mariage orthodoxe. Quelle est sa signification théologique et liturgique ?
Père Teodor MoldovanLe tour de l'analogion — appelé isaia chori dans la tradition grecque, du nom du premier tropaire qui l'accompagne — est le rite de la marche commune. Les époux, couronnés, mains liées dans l'étole du prêtre, font trois fois le tour de la table liturgique. Chaque passage est accompagné d'un tropaire chanté : le premier honore la Trinité (Isaïe, réjouis-toi), le second les saints martyrs (Saints martyrs), le troisième le Christ (Gloire à toi, ô Christ Dieu). C'est une procession trinitaire et martyriale.
La signification est multiple. D'abord, c'est la première marche commune du couple — ils avancent ensemble, pour la première fois, en tant qu'époux. Ils ne marchent plus séparément : ils forment une unité en mouvement. Le nombre trois exprime la plénitude et la perfection de la Trinité. Ensuite, c'est une procession autour de la Parole et de la Croix — l'Évangile et la croix reposent sur l'analogion. Le couple tourne autour de la Parole de Dieu, signifiant que leur vie commune sera centrée sur le Christ. Enfin, c'est un acte de joie liturgique : ce moment est l'un des rares dans la liturgie byzantine où la joie s'exprime corporellement, dans le mouvement. Le chœur chante fort, le prêtre sourit, les familles applaudissent parfois (dans les traditions populaires roumaines et géorgiennes). Le mariage est une fête, et le tour de l'analogion en est le climax festif.
Le mariage est le mystère de l'Église dans sa plus petite expression : deux personnes qui décident de marcher ensemble vers Dieu.— Saint Jean Chrysostome
Pourquoi les couronnes sont-elles conservées après le mariage ? Que doit-on en faire ?
Isabelle MoreauBeaucoup de couples ortodoxes conservent leurs couronnes précieusement. Pourquoi cette pratique, et comment sont-elles censées être gardées et honorées ?
Père Teodor MoldovanLes couronnes du mariage orthodoxe ne sont pas des accessoires qu'on range dans un tiroir après la cérémonie. Elles sont des objets sacrés, bénits par le prêtre lors de la liturgie. Elles ont reçu la prière de l'Église. En ce sens, elles sont comparables à une icône ou à une croix portée au cou — des objets dont la présence dans le foyer est une présence de la grâce.
La tradition veut qu'on les garde dans la partie la plus honorable de la maison — le coin des icônes, ce beau coin (krasny ugol en russe, coltu sfânt en roumain) où l'on place les icônes, les bougies, les objets de prière. Les couronnes y trouvent naturellement leur place, rappel quotidien du serment prononcé devant Dieu. Certaines familles les placent dans une petite boîte décorée offerte par la famille. D'autres les suspendent près des icônes avec le ruban blanc qui les reliait lors du mariage.
Que doit-on faire si le mariage se solde par un divorce ? C'est une question douloureuse que j'ai eu à traiter plusieurs fois. Théologiquement, l'Église orthodoxe admet le divorce dans certaines circonstances (infidélité, abandon, violence) mais le vit comme un deuil, non comme un acte neutre. Les couronnes peuvent être rendues à l'Église, brûlées dans un geste symbolique, ou conservées avec discrétion — c'est une décision personnelle, accompagnée du prêtre ou du père spirituel.

Pour approfondir les termes liturgiques évoqués dans cet entretien — stéphanoma, analogion, isaia chori, épitrachelion —, notre lexique orthodoxe de 50 définitions essentielles précise leur étymologie et leur usage. Les traditions autour de la conservation des couronnes nuptiales dans le krasny ugol (coin des icônes russe) sont également documentées par le patrimoine spirituel et culturel de la Russie orthodoxe.
Le mariage orthodoxe peut-il avoir lieu sans passer par l'Église ? Qu'est-ce que le « mariage civil seul » pour un orthodoxe ?
Isabelle MoreauDes fidèles orthodoxes se marient parfois uniquement civilement. Quelle est la position de l'Église et votre regard pastoral sur cette réalité ?
Père Teodor MoldovanL'Église orthodoxe est très claire : le mariage sans la bénédiction ecclésiastique n'est pas le sacrement du mariage. Un couple orthodoxe marié uniquement civilement est dans une situation canonique irrégulière — ils ne peuvent pas communier. Mais l'Église fait une distinction importante entre l'état de fait (le mariage civil existant) et le jugement de la personne. On ne chasse pas ces couples, on les accueille avec miséricorde, on les invite à régulariser leur situation.
Dans ma pratique pastorale, je rencontre souvent des couples qui se sont mariés civilement dans l'urgence — grossesse, obligations familiales, délais administratifs — et qui souhaitent recevoir la bénédiction de l'Église quelques mois ou années plus tard. Ce n'est pas un problème : l'Église peut bénir un mariage qui existe légalement. La liturgie est la même, les couronnes sont les mêmes. Ce qui change, c'est qu'on ne peut pas rétroactivement considérer que les années précédentes étaient des années de vie sacramentelle commune. Le sacrement commence à la liturgie, pas au mariage civil.
Ce que je conseille toujours : ne pas séparer les deux. Le mariage civil est une obligation légale et une réalité sociale importante. Le mariage religieux est la réalité spirituelle qui lui donne son sens le plus profond. Les séparer de plusieurs années, c'est vivre un temps entre les deux rives — possible, mais fragile.
Comment préparer concrètement un mariage orthodoxe en France en 2026 ?
Isabelle MoreauPour un couple qui souhaite se marier orthodoxe en France aujourd'hui, quelles sont les étapes pratiques, les délais, les documents à préparer ?
Père Teodor MoldovanLa première étape est de contacter le prêtre de la paroisse au moins six mois avant la date souhaitée — idéalement un an. Les paroisses orthodoxes de Paris et des grandes villes sont très sollicitées en juin, en septembre et en octobre. Les dates sont prises rapidement.
La deuxième étape est l'entretien prénuptial avec le prêtre. Dans toutes les paroisses orthodoxes sérieuses, le prêtre rencontre le couple plusieurs fois avant la cérémonie. Il s'assure que les deux époux sont baptisés orthodoxes (ou reçus dans l'Église), qu'ils comprennent le sacrement, qu'ils n'ont pas d'obstacles canoniques (mariage antérieur non dissout, lien de parenté proche). Il s'assure aussi de l'état de la vie de prière et de l'attachement à la pratique religieuse.
Les documents à préparer : acte de baptême orthodoxe de chaque époux, acte de mariage civil (ou sa preuve imminente), confirmation de la liberté à contracter mariage de la part de leur évêque si nécessaire. Pour les mariages mixtes, des documents supplémentaires peuvent être requis.
Un aspect pratique souvent négligé : la préparation spirituelle. Je conseille vivement à tous les couples de se confesser et de communier ensemble dans les semaines qui précèdent le mariage. Le mariage n'est pas un spectacle auquel on assiste : c'est un sacrement dans lequel on entre de tout son être. Entrer dans ce sacrement avec une âme mal préparée, c'est comme accueillir un invité royal dans une maison en désordre. Pour approfondir la théologie des sacrements du mariage chrétien, le guide sur l'approfondissement des sacrements du mariage chrétien proposé par la librairie spécialisée peut être une ressource utile pour les couples en préparation.
Mariage mixte orthodoxe-catholique : les couronnes sont-elles utilisées ? Quelles règles s'appliquent ?
Isabelle MoreauDe nombreux couples que nous rencontrons ont un conjoint catholique ou d'une autre confession chrétienne. Comment le mariage mixte orthodoxe-catholique se gère-t-il liturgiquement, et les couronnes ont-elles leur place ?
Père Teodor MoldovanLe mariage mixte entre un orthodoxe et un catholique est permis dans l'Église orthodoxe sous conditions. Le couple doit obtenir l'autorisation de l'évêque orthodoxe compétent. Les enfants seront élevés dans la foi orthodoxe — c'est généralement une condition implicite ou explicite. Et la cérémonie doit se tenir à l'église orthodoxe pour avoir valeur de sacrement orthodoxe.
Pour les couronnes : oui, le stéphanoma est pratiqué lors des mariages mixtes célébrés à l'orthodoxe. L'époux ou l'épouse catholique reçoit également la couronne. C'est un moment d'une grande beauté et souvent d'une grande émotion pour la famille catholique, qui découvre ce rite qu'elle n'avait jamais vu. J'ai célébré des mariages mixtes où la famille catholique était tellement touchée par le stéphanoma qu'ils demandaient des informations sur la tradition orthodoxe dans les semaines qui suivaient.
Ce qui ne peut pas se faire lors d'un mariage mixte : la communion eucharistique pour la partie non-orthodoxe. La communion reste fermée aux non-orthodoxes dans la tradition canonique. C'est souvent difficile à vivre pour l'époux ou l'épouse catholique, qui vit cette exception comme une exclusion. Il faut en parler franchement avec le couple avant la cérémonie — pas le jour même. Pour les règles complètes du mariage mixte et leur préparation, je renvoie à l'entretien avec un prêtre sur le mariage orthodoxe en France et à le guide du mariage mixte orthodoxe-catholique qui détaillent les exigences canoniques actuelles.
| Élément du rite | Signification |
|---|---|
| Stéphanoma (couronnement) | Rite sacramentel central, royauté et martyre partagés des époux |
| Tour de l'analogion | Triple procession autour de l'Évangile et de la croix, première marche commune |
| Coupe commune | Rappel du miracle de Cana, partage radical de la vie conjugale |
| Échange des anneaux | Fidélité mutuelle, lors des fiançailles orthodoxes précédant le couronnement |
Questions rapides — idées reçues sur le mariage et les couronnes orthodoxes
« Le stéphanoma est un rite grec — les Roumains et les Russes ne font pas de couronnes. »
FAUX — Le stéphanoma est commun à toutes les Églises orthodoxes (grecque, russe, roumaine, serbe, géorgienne, etc.). C'est un rite hérité de la tradition byzantine commune, attesté dès le IVe siècle.
« On peut acheter ses couronnes dans n'importe quelle bijouterie ou fleuriste. »
VARIABLE — On peut acheter les couronnes ailleurs que dans la paroisse, mais elles seront bénies lors de la liturgie. Le prêtre les bénit avant de les poser. Des couronnes achetées sans préparation et posées directement sans bénédiction ne seraient pas conformes au rite.
« Les couronnes sont portées sur la tête pendant tout le mariage. »
VARIABLE — Dans la plupart des traditions, les couronnes sont retirées après le tour de l'analogion. Dans certaines paroisses russes traditionnelles, elles étaient tenues par les témoins au-dessus des têtes pendant toute la liturgie (pratique ancienne qui pèse les bras des témoins mais est très belle visuellement).
« Un mariage orthodoxe peut se célébrer sans couronnes si le couple ne le souhaite pas. »
FAUX — Le stéphanoma est une partie constitutive du sacrement du mariage orthodoxe. On ne peut pas célébrer le sacrement du mariage orthodoxe sans l'imposition des couronnes. Ce n'est pas une option décorative.
« Si un mariage orthodoxe se termine par un divorce, le couple perd sa couronne de gloire. »
FAUX — La théologie orthodoxe est plus nuancée. Le divorce est une tragédie, un échec de l'idéal sacramentel, mais il n'implique pas un jugement sur la valeur des personnes. L'Église orthodoxe permet un second mariage (sous conditions), considérant la miséricorde divine au-dessus de la loi canonique absolue.
« Les témoins (les parrains de mariage) doivent être orthodoxes. »
VARIABLE — Selon les canons de l'Église orthodoxe, les témoins principaux devraient être orthodoxes. En pratique, dans beaucoup de paroisses françaises, on fait preuve de souplesse si l'un des témoins est d'une autre confession chrétienne — à valider avec le prêtre lors de la préparation.
Conclusion — Les 3 choses à retenir sur le stéphanoma
Au terme de cet entretien avec le Père Teodor Moldovan, trois vérités fondamentales sur les couronnes du mariage orthodoxe se dégagent :
- Le stéphanoma n'est pas un ornement — c'est le cœur théologique du sacrement. L'imposition des couronnes est le moment sacramentel central du mariage orthodoxe, l'acte par lequel l'Église reconnaît et sanctifie l'union des époux. Sans couronnes, il n'y a pas de mariage orthodoxe.
- Les couronnes racontent une histoire de royauté, de martyre et de gloire. Elles ne signifient pas simplement « vous êtes mariés » — elles disent « vous êtes couronnés rois et reines de votre foyer, témoins de l'amour de Dieu dans votre vie quotidienne, athlètes spirituels qui marcheront ensemble vers Dieu. » C'est une vocation.
- Le mariage orthodoxe se prépare, il ne s'improvise pas. Les couronnes, la liturgie, les textes — tout cela suppose une préparation spirituelle, un entretien avec le prêtre, une vie sacramentelle active. Un mariage orthodoxe vécu pleinement est l'un des actes liturgiques les plus beaux de la tradition chrétienne. Mais il demande d'être reçu avec une âme préparée.
Points clés à retenir
- Le stéphanoma est la matière même du sacrement du mariage orthodoxe : sans couronnement, pas de mariage orthodoxe.
- Triple symbolique des couronnes : royauté du foyer, martyre et témoignage de l'amour, gloire de la création rachetée.
- Les traditions varient selon les juridictions (grecque, russe, roumaine) mais le fond sacramentel reste identique dans toute l'orthodoxie canonique.
- Le tour de l'analogion, triple procession autour de l'Évangile et de la croix, symbolise la première marche commune du couple vers Dieu.
- Les couronnes sont conservées après le mariage, généralement dans le coin des icônes du foyer, comme objets bénits.

