Pile de blinis dorés servis avec du beurre et de la crème sure, décorés pour la fête de Maslenitsa

Maslenitsa : la semaine du beurre, des blinis et du pardon avant le Grand Carême orthodoxe

25 août 2026 · 14 min de lecture · Rédaction paroisse-saint-martin.fr

La Maslenitsa, aussi appelée la semaine du beurre ou la semaine des crêpes, est l'une des fêtes populaires les plus attachantes du monde orthodoxe slave. Elle précède immédiatement le Grand Carême et offre sept jours de réjouissance, de repas conviviaux et de rites du pardon. Entre blinis dorés, feux de joie et quémande du pardon, cette semaine prépare les chrétiens orthodoxes à la sobriété du jeûne pascal par un temps de gratitude et de réconciliation.

Sommaire

Qu'est-ce que la Maslenitsa ?

La Maslenitsa, terme russe qui signifie littéralement « semaine du beurre », est une fête populaire orthodoxe célébrée durant la dernière semaine avant le Grand Carême. Elle correspond au carnaval latin, mais avec une coloration spécifiquement slave et une finalité spirituelle distincte. Alors que le carnaval occidental marque souvent une rupture temporaire avec les normes, la Maslenitsa prépare doucement le corps et le cœur à la rigueur du jeûne pascal. C'est un temps de transition où l'Église invite ses fidèles à savourer encore les aliments interdits pendant le Carême, tout en purifiant leurs relations et en reportant leur regard vers la Résurrection.

Cette semaine est aussi nommée la « semaine du fromage », car les produits laitiers occupent la place centrale de la table festive. On la désigne parfois sous le nom de « semaine des crêpes » en raison des blinis, ces petites crêpes épaisses et rondes que l'on déguste avec du beurre fondu, de la crème aigre, du miel, du caviar ou de la confiture. La richesse des noms donne déjà une indication sur la polyphonie de cette fête : elle est à la fois gastronomique, cosmique, familiale et spirituelle. Son calendrier dépend directement de celui de Pâques orthodoxe, comme le montre notre calendrier des fêtes orthodoxes 2026-2027.

Les origines slaves et chrétiennes de la fête

La Maslenitsa puise ses racines dans un double terreau : les rituels agricoles et solaires des Slaves d'avant leur baptême, et l'enseignement liturgique de l'Église orthodoxe qui a progressivement sanctifié ces coutumes. Les peuples slaves de l'Est célébraient depuis longtemps, au tournant de l'hiver, le retour du soleil et la promesse du printemps. Le feu, la danse, les mascarades et les repas copieux faisaient partie de ces cérémonies propitiatoires destinées à chasser le froid et à obtenir une terre fertile pour les semailles.

Lors de la conversion de la Rus' de Kiev au christianisme byzantin au xe siècle, l'Église ne chercha pas à interdire brutalement ces pratiques ancrées dans la vie des populations. Elle les réinterpréta à la lumière de l'Évangile : le soleil devint une image du Christ ressuscité, le feu purificateur une figure de l'Esprit-Saint, et le banquet familial une anticipation du festin eschatologique. Ainsi, la Maslenitsa n'est pas un simple survivance païenne : elle est devenue, dans le monde orthodoxe slave, une pédagogie populaire du Carême, un langage sensible qui prépare l'âme à la prière et au jeûne par la joie et la communauté.

Feu de joie de Maslenitsa dans un village russe enneigé au crépuscule hivernal
Le feu de Maslenitsa purifie et chasse l'hiver : un rite solaire réinterprété par la foi orthodoxe.

Le rite du pardon : réconcilier avant le Carême

Le sommet spirituel de la Maslenitsa tombe le dimanche, appelé « dimanche du pardon ». Ce jour est consacré à la réconciliation fraternelle. Chaque fidèle demande pardon à ses proches, à ses voisins, à ses collègues, et même à ceux avec qui il est en conflit. La formule traditionnelle, empruntée à la liturgie, est simple et profonde : « Pardonne-moi ». La réponse attendue est tout aussi essentielle : « Que Dieu te pardonne, et moi aussi, je te pardonne. » Ce geste n'est pas une simple politesse : il obéit à l'enseignement du Christ qui lie le don du pardon à la possibilité même de prier et de jeûner avec un cœur pur.

Le dimanche du pardon est le vrai commencement spirituel du Carême. Sans cette libération du ressentiment, le jeûne risquerait de n'être qu'un régime alimentaire, et non une métanoïa, ce changement de cœur dont parle la tradition patristique. La demande de pardon ouvre l'espace intérieur nécessaire pour accueillir la parole de Dieu pendant les sept semaines de Carême. Ce rite se situe dans la continuité de la préparation pascale que l'on retrouve également dans la Semaine sainte orthodoxe jour par jour, où chaque office prépare l'âme à la fête de la Résurrection.

Les blinis et la symbolique du beurre

Le blini est le plat emblématique de la Maslenitsa. Rond, doré et chaud, il est bien plus qu'une crêpe : il est une image du soleil. Pour les populations slaves vivant sous des hivers longs et gris, le retour progressif de la lumière était un événement décisif. Manger des blinis, c'est saluer le soleil renaissant et rendre grâce à Dieu pour la création. La pâte à base de lait, d'œufs et de beurre fondu renvoie aussi à l'abondance des produits de la terre, ceux-là mêmes que le Carême va bientôt faire disparaître du menu pendant plusieurs semaines.

La consommation du beurre pendant cette semaine n'est pas une licence impie : elle obéit à une logique spirituelle. Le beurre et les produits laitiers sont des aliments « mous » et réconfortants, contrairement à la viande, considérée comme plus lourde et « excitante ». La semaine précédente, dite semaine du lard, marquait déjà l'abandon de la viande ; la semaine du beurre achève progressivement l'adieu aux produits d'origine animale. Cette descente progressive vers le jeûne permet au corps de s'habituer à la sobriété sans brutalité. Pour des idées concrètes sur les repas qui suivent, consultez notre guide du jeûne strict du Carême orthodoxe.

Blinis dorés disposés en pyramide sur une assiette, beurre et confiture de baies à côté
Les blinis dorés figurent le soleil renaissant et invitent à la gratitude avant le Carême.

Les sept jours de la Maslenitsa

Chacun des sept jours de la Maslenitsa porte un nom et un sens traditionnels. Loin d'être interchangeables, ils forment une sorte de petit drame communautaire qui mène du banquet au pardon, des retrouvailles à l'entrée solennelle dans le Carême. Les noms varient légèrement selon les régions, mais la structure reste reconnaissable à travers la Russie, l'Ukraine et la Biélorussie.

Les sept jours de la Maslenitsa
JourNom traditionnelCaractère et coutumes
LundiRencontreOn fabrique une effigie de la Maslenitsa, on commence à manger les premiers blinis et on annonce le début de la fête.
MardiJeuxJournée consacrée aux jeux, aux luges, aux balais et aux danses populaires.
MercrediGourmandiseLa belle-mère offre des blinis à sa belle-fille ; la table est particulièrement riche.
JeudiÉbatsSommet de la liesse populaire avec les feux de joie, les chœurs et les mascarades.
VendrediSoirée belle-mèreLa belle-fille reçoit à son tour et honore sa belle-mère avec des blinis.
SamediSoirée belle-sœurLes réunions familiales se multiplient, on prépare déjà spirituellement le Carême.
DimancheDimanche du pardonRite du pardon, derniers blinis, combustion de l'effigie de la Maslenitsa.

Ce cycle montre bien que la fête n'est pas seulement une régression dans la gourmandise. Elle dispose les fidèles, par étapes, à l'entrée dans le Carême. Après les jeux et les repas, le dimanche impose une conclusion morale : on brûle l'effigie de la Maslenitsa, symbole visuel de l'adieu au temps qui s'achève, et l'on demande pardon avant d'entrer dans la sobriété.

Feux de joie et jeux populaires

Les rites populaires de la Maslenitsa donnent à la semaine une atmosphère joyeuse et communautaire. Les feux de joie occupent une place centrale. Allumés dans les villages et les villes, ils purifient symboliquement l'espace, chassent le froid et le malheur de l'hiver, et invitent les participants à sauter par-dessus les flammes pour se garantir santé et bonne fortune. Ce saut par-dessus le feu, hérité des traditions solaires slaves, est aujourd'hui réalisé dans un esprit festif et familial.

Les jeux et divertissements ne manquent pas : courses en traîneau, luge sur les pentes enneigées, balai costumé, chants et danses en cercle. Ces amusements populaires manifestent la solidarité du village ou du quartier. Ils ne sont pas contraires à l'esprit chrétien de la fête, pour autant qu'ils restent attachés à la vie communautaire et qu'ils préparent, sans violence ni excès, à l'entrée dans le Carême. L'enthousiasme de la Maslenitsa trouve son achèvement naturel dans la célébration pascale, comme le montre notre guide de Pâques orthodoxe en Russie.

Recette traditionnelle des blinis

Le blini de Maslenitsa se distingue du blini fin et croustillant servi au restaurant. Traditionnellement, on le prépare avec une pâte levée à base de farine de sarrasin ou de froment, de lait tiède, d'œufs, de beurre fondu et de levure. La fermentation donne au blini son goût acidulé caractéristique et sa texture moelleuse. Voici une recette classique que l'on peut facilement reproduire chez soi.

Pâte à blinis levée dans un saladier et petites crêpes dorées cuisant dans une poêle
La fermentation de la pâte donne aux blinis leur moelleux et leur goût légèrement acidulé.

Ingrédients pour une quinzaine de blinis :

  1. 300 g de farine de froment ou un mélange moitié froment, moitié sarrasin.
  2. 400 ml de lait tiède, plus un peu pour délayer la levure.
  3. 2 œufs entiers légèrement battus.
  4. 50 g de beurre fondu, refroidi.
  5. 10 g de levure boulangère fraîche ou une cuillère à café de levure sèche.
  6. Une pincée de sel et une cuillère à soupe de sucre.
  7. Du beurre clarifié pour la cuisson.

Préparation : délayez la levure dans un peu de lait tiède avec le sucre, puis laissez reposer dix minutes jusqu'à l'apparition d'une mousse. Mélangez la farine et le sel dans un saladier, ajoutez les œufs, le beurre fondu, le mélange levure-lait, puis le reste de lait progressivement. La pâte doit rester épaisse mais couler lentement de la cuillère. Couvrez et laissez lever une heure dans un endroit tiède. Faites chauffer une poêle légèrement huilée, versez une petite louche de pâte, étalez légèrement et laissez dorer deux minutes de chaque côté. Servez chaud avec du beurre, du miel, de la confiture, de la crème aigre ou du caviar selon la tradition.

Cette recette de blinis s'inscrit dans la grande famille des mets pascaux slaves. Pour découvrir un autre grand classique de la table orthodoxe russe, lisez notre article sur le koulitch de Pâques, sa recette et ses traditions.

Comment vivre la Maslenitsa aujourd'hui

La Maslenitsa reste vivante dans les paroisses orthodoxes russes, ukrainiennes, biélorusses et, de plus en plus, dans les communautés orthodoxes d'Europe occidentale. Même loin de la neige russe, les fidèles peuvent en reproduire l'esprit en quelques gestes simples. L'essentiel n'est pas de copier mécaniquement les coutumes villageoises, mais de saisir leur sens spirituel : gratitude pour la création, réconciliation avec les proches, préparation au Carême.

Dans la vie urbaine et laïcisée, la fête se réinvente sans perdre son âme. Une table de blinis partagée entre collègues, une soirée de chant liturgique, une collecte de vivres au profit des plus démunis peuvent prolonger l'esprit de la Maslenitsa. L'important est de garder le lien entre joie fraternelle et conversion du cœur, sans laisser la fête se refermer sur elle-même.

Voici quelques manières concrètes de vivre cette semaine dans un contexte contemporain :

  • Organiser un repas de blinis en famille ou entre amis, en rappelant le sens du soleil renaissant et du temps liturgique.
  • Demander pardon sincèrement à ceux que l'on a blessés, ne serait-ce qu'en privé, avant le début du Carême.
  • Allumer une bougie ou un feu domestique en signe de purification et de passage de l'hiver vers le printemps spirituel.
  • Participer aux offices paroissiaux du dimanche du pardon et recevoir la bénédiction pastorale avant le Carême.
  • Lire les textes liturgiques du Triode de Carême, qui commence dès le lundi suivant la Maslenitsa.

La Maslenitsa n'est donc pas un simple reliquat folklorique. Elle est un temps liturgique porteur de sens, une porte d'entrée dans le Carême, et une occasion de redécouvrir que la joie chrétienne n'est pas incompatible avec la sobriété à venir. Elle apprend à faire d'abondance un signe de gratitude, et du pardon une condition du jeûne.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Quand a lieu la Maslenitsa dans le calendrier orthodoxe ?

La Maslenitsa se déroule pendant la semaine qui précède immédiatement le Grand Carême orthodoxe. Comme Pâques date du dimanche, le lundi de la semaine du fromage est le dernier jour autorisé pour manger des produits laitiers et des œufs avant les sept semaines de jeûne. La date change donc chaque année selon le comput pascal byzantin.

Pourquoi mange-t-on des blinis pendant la Maslenitsa ?

Le blini, rond et doré, symbolise le soleil renaissant à l'approche du printemps. Sa couleur rappelle le jaune du disque solaire et sa forme évoque le cycle de la vie. Manger des blinis au beurre, au fromage, au miel ou au caviar pendant la Maslenitsa, c'est célébrer la création de Dieu et savourer une dernière fois les produits laitiers avant le Grand Carême.

Quel est le sens du rite du pardon durant la Maslenitsa ?

Le dimanche du pardon, dernier jour de la Maslenitsa, est consacré à la réconciliation. Chaque fidèle demande pardon à ses proches, à ses voisins et à ses ennemis pour les offenses de l'année écoulée. Ce rite libère le cœur du ressentiment et prépare l'âme au jeûne et à la prière du Carême, conformément à l'enseignement évangélique sur la réconciliation avant l'offrande.

La Maslenitsa a-t-elle des racines païennes ?

La fête puise certains éléments dans les traditions slaves pré-chrétiennes, notamment le culte du soleil, le feu de joie et la célébration de l'équinoxe de printemps. L'Église orthodoxe l'a cependant baptisée et intégrée au cycle liturgique : les rites populaires ont été redonnés leur sens chrétien, tandis que le dimanche du pardon replace explicitement la semaine sous le signe de la miséricorde divine.

Que mangent les orthodoxes pendant la Maslenitsa et quels aliments sont exclus ?

Pendant la Maslenitsa, on consomme abondamment des produits laitiers, du beurre, des œufs, du fromage, du miel et des blinis. La viande est déjà interdite depuis la semaine précédente, dite de l'Entomé ou semaine du lard. À l'entrée du Carême, le lundi suivant, tous les produits d'origine animale — viande, laitage, œufs, poisson dans la stricte observance — disparaissent progressivement du menu jusqu'à Pâques.