L'orthodoxie et la guerre en Ukraine : comment la foi resiste au conflit
25 mars 2026 · 20 min de lecture
Depuis le 24 fevrier 2022, la guerre en Ukraine a frappe de plein fouet les communautes orthodoxes du pays. Églises detruites, communautes dispersees, fideles sous les bombardements, aumoniers au front : cet article retrace avec humanite et neutralite l'impact du conflit sur la vie religieuse orthodoxe en Ukraine et la maniere dont la foi s'est adaptee a une realite de guerre.
Sommaire
- L'Église orthodoxe face a l'invasion : les premiers jours
- La position du patriarche Kirill et la reaction du monde orthodoxe
- Les églises detruites et endommagees : un patrimoine menace
- Les aumoniers orthodoxes dans l'armee ukrainienne
- Les communautes de fideles dans les zones de conflit
- Paques en temps de guerre
- La solidarite orthodoxe internationale
- Questions frequentes
L'Ukraine est l'un des pays les plus religieux d'Europe. Selon les enquetes sociologiques d'avant-guerre, environ 70 % des Ukrainiens se declaraient orthodoxes. Le pays comptait plus de 20 000 paroisses orthodoxes (toutes juridictions confondues), des centaines de monasteres, des seminaires, des academies de théologie et un patrimoine d'églises allant du XIe siecle (Sainte-Sophie de Kiev) aux constructions contemporaines. L'invasion russe de fevrier 2022 a frappe ce tissu religieux avec une violence inouie.
Cet article s'efforce de rendre compte de cette realite avec rigueur factuelle et attention humaine, en presentant les faits sans prise de position politique. Les temoignages et les donnees proviennent de sources multiples : ministere ukrainien de la Culture, UNESCO, communiques des Églises concernees, et reportages de terrain.
L'Église orthodoxe face a l'invasion : les premiers jours (fevrier-mars 2022)
Le 24 fevrier 2022, a l'aube, les forces russes lancent une offensive militaire a grande echelle contre l'Ukraine, frappant simultanement le nord (axe Kiev), l'est (Donbass) et le sud (Kherson, Zaporijjia). Les premieres heures du conflit voient des tirs de missiles sur des villes ukrainiennes, y compris des quartiers residentiels et des zones abritant des edifices religieux.
La reaction du metropolite Onuphre
Le metropolite Onuphre, primat de l'EOU-PM (Église orthodoxe ukrainienne historiquement liee a Moscou), reagit des le premier jour avec une declaration historique. Le 24 fevrier, il publie un message dans lequel il qualifie la guerre de "malheur" et de "repetition du peche de Cain, qui par jalousie a tue son propre frere". Il appelle le president russe Vladimir Poutine a cesser immediatement les hostilites. Cette prise de position est remarquable car elle emane du chef d'une Église encore formellement rattachee au patriarcat de Moscou.
La reaction du metropolite Epiphane
Le metropolite Epiphane, primat de l'EOU autocephale, lance un appel a la resistance et a la prière. Il organise des offices de prière pour la paix et la victoire, encourage les fideles a soutenir l'armee et les civils, et mobilise les structures de l'EOU pour l'aide humanitaire. Les paroisses de l'EOU deviennent rapidement des centres de collecte de nourriture, de medicaments et de vetements pour les deplaces et les refugies.
Les premieres semaines
Dans les premieres semaines du conflit, la vie religieuse est brutalement perturbee. Les offices sont interrompus dans les zones de combat. Des prêtres et des moines se retrouvent dans les zones occupees, forces de negocier avec les forces d'occupation pour proteger leurs paroisses et leurs fideles. Des temoignages font etat de pillages d'églises par des soldats, de profanations et de destructions deliberees d'edifices religieux, bien que l'evaluation precise de ces événements soit difficile dans le brouillard de la guerre.
Des les premiers jours, des prêtres orthodoxes des deux juridictions s'engagent dans l'aide humanitaire : evacuation de civils, hebergement de refugies dans les locaux paroissiaux, fourniture de nourriture et d'eau dans les villes assiagees. La cathedrale Saint-Michel-au-Dome-Dore de Kiev devient un centre de coordination de l'aide humanitaire. Dans les regions frontalieres, des monasteres accueillent des centaines de deplaces.
La position du patriarche Kirill et la reaction du monde orthodoxe
La position du patriarche Kirill de Moscou (Goundiayev, ne en 1946, patriarche depuis 2009) face au conflit est devenue l'un des sujets les plus debattus dans le monde orthodoxe et au-dela.
Les declarations du patriarche Kirill
Le patriarche Kirill n'a pas condamne l'invasion russe. Ses sermons et declarations depuis fevrier 2022 ont ete interpretes comme un soutien implicite au conflit, bien qu'il n'ait pas explicitement appele a la guerre. Parmi les declarations les plus controversees :
- 6 mars 2022 (premier dimanche du Grand Carême) : sermon dans lequel il présente le conflit dans le cadre d'une lutte contre les valeurs occidentales, mentionnant les "gay prides" comme "test de loyaute" impose par l'Occident
- Avril 2022 : benediction de la guerre comme acte de defense du "monde russe" (Rousski Mir), concept qui lie l'identite culturelle russe a l'orthodoxie sous la juridiction de Moscou
- Appels repetes a l'unite du "peuple russe" englobant Russes, Ukrainiens et Bielorusses comme un seul peuple orthodoxe
Les dissidences au sein du patriarcat de Moscou
La position du patriarche Kirill n'est pas unanimement partagee au sein de son propre patriarcat. Plus de 300 prêtres du patriarcat de Moscou (dont certains en Russie meme) ont signe une lettre ouverte appelant a la fin de la guerre et a la reconciliation. Plusieurs theologiens de renom, comme le protodiacre Andrei Kouraev, ont publiquement critique la position du patriarche. En 2022-2023, des prêtres ont ete sanctionnes pour avoir refuse de lire les prières officielles du patriarcat mentionnant la "Sainte Russie".
La reaction du monde orthodoxe
La position du patriarche Kirill a suscite des reactions majoritairement critiques dans le monde orthodoxe international :
- Le patriarche Bartholomee de Constantinople a denonce a plusieurs reprises l'utilisation de la religion pour justifier la guerre
- Le Conseil oecumenique des Églises (COE), dont le patriarcat de Moscou est membre, a exprime sa "profonde preoccupation" et appele a la paix
- Le pape Francois a declare en mai 2022 que le patriarche Kirill ne devait pas devenir "l'aumonier de Poutine", avant de nuancer ses propos
- L'archeveque Chrysostome II de Chypre (mort en 2022) a qualifie la guerre de "crime" et appele Kirill a condamner Poutine
- Le metropolite Hilarion Alfeyev, ancien responsable des relations exterieures du patriarcat de Moscou, reputé modere, a ete ecarte de son poste en juin 2022 et envoye en Hongrie
Les églises detruites et endommagees : un patrimoine menace
Le patrimoine religieux ukrainien, qui couvre plus de mille ans d'histoire — de la Sainte-Sophie de Kiev (XIe siecle, patrimoine mondial UNESCO) aux églises contemporaines — est directement menace par le conflit.
Les chiffres
Selon les donnees compilees par le ministere ukrainien de la Culture, l'UNESCO et des ONG comme Héritage for Peace et le Smithsonian Cultural Rescue Initiative, plus de 500 sites religieux (toutes confessions confondues) ont ete endommages ou detruits entre fevrier 2022 et fin 2025. Ce chiffre inclut :
- Des églises orthodoxes des deux juridictions (EOU et EOU-PM)
- Des églises greco-catholiques (principalement dans l'ouest de l'Ukraine)
- Des synagogues et des mosquees
- Des monasteres, des seminaires et des batiments ecclesiaux
Les sites les plus touches
La Laure de Sviatohirsk (Sviatohirsk Lavra, region de Donetsk) — Ce monastere fonde au XIIIe siecle, l'un des plus importants d'Ukraine, a subi des dommages considerables en juin 2022 lorsque des bombardements ont touche le monastere et ses dependances. Des moines et des civils refugies dans le monastere ont ete tues. L'église principale du XVIIe siecle et des batiments monastiques ont ete endommages.
La cathedrale de la Transfiguration d'Odessa — Ce joyau de l'architecture neo-classique (XIXe siecle), situee dans le centre historique d'Odessa (inscrit au patrimoine mondial en 2023), a ete gravement endommagee par un tir de missile russe le 23 juillet 2023. La toiture et des éléments interieurs ont ete detruits. La cathedrale appartenait a l'EOU-PM.
Les églises du Donbass — Les regions de Donetsk et Louhansk, zones de combat les plus intenses, ont vu des dizaines d'églises detruites ou endommagees. Dans de nombreux cas, il s'agit d'églises rurales qui constituaient le seul patrimoine architectural du village.
Les églises de Kherson et Mykolaiv — L'occupation de Kherson (mars-novembre 2022) et les combats dans la region ont affecte de nombreux edifices religieux. Après la liberation de Kherson en novembre 2022, des temoignages ont fait etat de pillages et de degradations dans plusieurs églises.
Les aumoniers orthodoxes dans l'armee ukrainienne
L'une des manifestations les plus tangibles de la présence orthodoxe dans le conflit est le service d'aumonerie militaire (kapellanstvo) des Forces armees ukrainiennes.
La mise en place du service
Le service d'aumonerie militaire en Ukraine a ete institutionnalise par une loi de 2021 (avant l'invasion), puis considerablement renforce après fevrier 2022. Les aumoniers militaires (kapelan) sont des ministres du culte de différentes confessions — orthodoxes (des deux juridictions), greco-catholiques, protestants, musulmans — qui accompagnent les unites militaires sur le terrain.
En 2025, on estime que plus de 600 aumoniers servent dans l'armee ukrainienne, dont une majorite de prêtres orthodoxes. Ils portent un grade militaire et sont integres dans la chaine de commandement, tout en conservant leur independance spirituelle.
Le role des aumoniers sur le front
Le quotidien d'un aumonier orthodoxe au front est d'une intensite extreme. Les temoignages recueillis par des journalistes et des organisations humanitaires decrivent des prêtres qui :
- Celebrent la Divine Liturgie dans des tranchees, des bunkers, des sous-sols ou a ciel ouvert entre deux bombardements
- Administrent les sacrements : confession, communion, bapteme (des soldats se faisant baptiser avant de partir au combat), onction des malades pour les blesses
- Accompagnent les mourants et prient sur les corps des soldats tombes
- Soutiennent psychologiquement les combattants, ecoutent, consolent, et aident a gerer le stress post-traumatique
- Maintiennent un lien avec les familles des soldats, transmettent des nouvelles et apportent un soutien moral aux proches
Plusieurs aumoniers orthodoxes ont ete tues ou blesses au cours du conflit. Le pere Mikhailo Vasyliv, aumonier greco-catholique, a ete tue par un tir de sniper en 2023 alors qu'il evacuait des blesses. Des prêtres orthodoxes des deux juridictions ont également perdu la vie dans l'exercice de leur ministere au front.
Les communautes de fideles dans les zones de conflit
Pour les millions d'Ukrainiens vivant a proximite du front ou dans des villes regulierement bombardees, la vie paroissiale s'est profondement transformee sans disparaitre.
L'Église comme refuge
Dans de nombreuses villes et villages, l'église paroissiale est devenue un centre de vie communautaire en temps de guerre : point de distribution de nourriture et de medicaments, centre d'hebergement pour les deplaces, lieu de rassemblement et de reconfort. Des prêtres ont transforme leurs presbyteres en refuges, leurs salles paroissiales en cuisines collectives, et leurs caves en abris.
A Kharkiv, deuxieme ville d'Ukraine situee a 30 kilometres de la frontiere russe et bombardee quasi quotidiennement depuis fevrier 2022, des paroisses ont organise des offices dans les stations de metro utilisees comme abris par les civils. Des prêtres descendent avec leurs paroissiens dans les tunnels pour prier, chanter et célébrer les sacrements. Le metropolite de Kharkiv a encourage cette pratique, rappelant que "l'Église est la ou sont les fideles, pas seulement entre quatre murs".
Les deplaces internes
Le conflit a provoque le deplacement interne de plusieurs millions d'Ukrainiens, principalement de l'est et du sud vers l'ouest et le centre du pays. Ces deplaces ont souvent perdu leur paroisse, leur prêtre et leur communaute. Les dioceses des regions d'accueil (Kiev, Lviv, Ivano-Frankivsk) ont mis en place des structures d'accueil specifiques : creation de nouvelles paroisses pour les deplaces, offices dans les langues de leur region d'origine, soutien psychologique et materiel.
La question de l'appartenance ecclesiale des deplaces se pose aussi. Des fideles de l'EOU-PM deplaces dans des regions ou l'EOU autocephale est dominante doivent parfois choisir entre les deux juridictions, un choix douloureux qui s'ajoute au traumatisme du deplacement.
Paques en temps de guerre : célébrations sous les bombardements
Paques est la fête la plus importante du calendrier orthodoxe, et sa célébration en temps de guerre prend une dimension particulierement poignante.
Paques 2022 : la premiere Paques de guerre
Le 24 avril 2022, deux mois après le debut de l'invasion, les Ukrainiens celebrent la premiere Paques en temps de guerre. Dans les villes bombardees, les fideles se rassemblent dans des églises endommagees ou dans des abris. A Marioupol, alors en cours de siege, les survivants celebrent Paques dans des caves, sans prêtre, en recitant de memoire les prières pascales. A Kiev, après le retrait des forces russes du nord de la ville, la cathedrale Saint-Michel-au-Dome-Dore accueille une celebrant pascale empreinte d'emotion.
Le president Zelensky publie un message de Paques filmé devant la cathedrale Sainte-Sophie de Kiev, declarant : "Aujourd'hui nous prions pour la paix. Nous sommes unis par la lumière de notre foi." Le metropolite Epiphane célèbre la liturgie pascale en présence de milliers de fideles.
Paques 2023 et 2024 : la continuite dans l'epreuve
Les annees suivantes, la célébration de Paques se poursuit malgre le conflit. En 2023, le couvre-feu de Paques est allege pour permettre aux fideles d'assister aux offices nocturnes. Des autorisations speciales sont delivrees pour les processions pascales dans les grandes villes. Les images de fideles portant des cierges allumes dans des églises dont les fenetres sont protegees par des sacs de sable font le tour du monde.
Sur le front, les aumoniers organisent des célébrations pascales dans les tranchees. Des videos partagees sur les reseaux sociaux montrent des soldats chantant le "Christos Voskresse !" ("Le Christ est ressuscite !") dans des bunkers, echangeant des oeufs teints en rouge et partageant un repas pascal entre freres d'armes. Ces scenes, d'une humanite bouleversante, temoignent de la force de la tradition pascale dans la culture ukrainienne.
Le symbole de la Resurrection
Pour de nombreux Ukrainiens, le message pascal — la victoire de la vie sur la mort, de la lumière sur les tenebres — prend une resonance existentielle en temps de guerre. Le tropaire pascal ("Le Christ est ressuscite des morts, par la mort Il a vaincu la mort") est lu non plus comme un simple texte liturgique mais comme une profession d'esperance face a la destruction. Le contexte ecclesial complexe n'empeche pas les fideles des deux juridictions de partager cette esperance commune.
La solidarite orthodoxe internationale
Le conflit en Ukraine a suscite un vaste mouvement de solidarite au sein du monde orthodoxe et au-dela.
L'aide des Églises orthodoxes
Le patriarcat oecumenique de Constantinople a organise des collectes de fonds et des envois d'aide humanitaire en Ukraine. L'Église de Grece a mobilise ses dioceses pour accueillir des refugies ukrainiens (la Grece a recu des milliers de refugies, dont beaucoup sont orthodoxes). L'Église de Roumanie, pays limitrophe de l'Ukraine, a joue un role majeur dans l'accueil des refugies et la fourniture d'aide materielle, les paroisses roumaines de Moldavie et de Bucovine ayant heberge des dizaines de milliers de personnes. L'Église de Chypre a envoye de l'aide medicale et financiere.
La solidarite oecumenique
Au-dela du monde orthodoxe, le Conseil oecumenique des Églises (COE) a lance des appels a la paix et coordonne des actions humanitaires. Le Vatican a mobilise Caritas Internationalis pour l'aide aux civils ukrainiens. Des organisations internationales travaillant en Ukraine ont collabore avec les structures ecclesiastiques locales pour acheminer l'aide.
La diaspora ukrainienne
Les communautes orthodoxes ukrainiennes de la diaspora (Europe occidentale, Amerique du Nord, Australie) se sont massivement mobilisees. Des collectes de fonds, des envois de materiel humanitaire et medical, et des campagnes de sensibilisation sont organisees par les paroisses ukrainiennes a l'etranger. En France, les paroisses orthodoxes ukrainiennes de Paris, Lyon et Strasbourg ont organise des offices de prière pour la paix et des collectes regulieres.
La question de la reconstruction
Alors que le conflit se poursuit, la question de la reconstruction du patrimoine religieux detruit se pose déjà. L'UNESCO a lance un programme de documentation et de protection des sites menaces. Des equipes internationales de conservation travaillent a distance pour evaluer les dommages et preparer les futurs chantiers de restauration. Le cout de la reconstruction est estime a des centaines de millions d'euros pour les seuls edifices religieux.
La reconstruction posera aussi des questions symboliques et juridiques : a quelle juridiction appartiendront les églises reconstruites ? Qui financera la restauration ? Comment concilier la preservation du patrimoine historique avec les realites ecclesiales nouvelles ? Ces questions, pour l'instant secondaires face a l'urgence du conflit, deviendront centrales le jour ou la paix sera retablie.
Questions frequentes
Combien d'églises ont ete detruites ou endommagees en Ukraine depuis 2022 ?
Selon les donnees compilees par le ministere ukrainien de la Culture et l'UNESCO, plus de 500 sites religieux (toutes confessions confondues) ont ete endommages ou detruits en Ukraine entre fevrier 2022 et fin 2025. Ce chiffre inclut des églises orthodoxes (des deux juridictions), des églises greco-catholiques, des synagogues et des mosquees. Parmi les sites orthodoxes les plus gravement touches figurent la Laure de Sviatohirsk (Donetsk), la cathedrale de la Transfiguration d'Odessa, et de nombreuses églises rurales dans les regions de Kherson, Zaporijjia et Donetsk. L'evaluation precise est rendue difficile par l'acces limite aux zones de combat.
Le patriarche Kirill a-t-il condamne la guerre en Ukraine ?
Le patriarche Kirill de Moscou n'a pas condamne l'invasion russe de l'Ukraine. Ses declarations publiques depuis fevrier 2022 ont ete interpretees comme un soutien au conflit, bien qu'il n'ait pas explicitement appele a la guerre. Dans ses sermons, il a présente le conflit dans un cadre de lutte civilisationnelle entre le monde russe orthodoxe et les valeurs occidentales jugees decadentes. Cette position a provoque de vives critiques au sein meme du monde orthodoxe, y compris de la part de certains évêques du patriarcat de Moscou et de theologiens orthodoxes de renom. Le pape Francois a personnellement appele Kirill a ne pas devenir l'aumonier de Poutine.
Les aumoniers orthodoxes sont-ils presents dans l'armee ukrainienne ?
Oui, l'Ukraine a mis en place un service d'aumonerie militaire (kapellanstvo) qui inclut des prêtres orthodoxes des deux juridictions (EOU et ex-EOU-PM), des prêtres greco-catholiques, des pasteurs protestants et des imams. Les aumoniers orthodoxes accompagnent les troupes sur le front, celebrent les offices dans les tranchees et les bunkers, administrent les sacrements (confession, communion, onction des malades) et soutiennent psychologiquement les soldats. Le service d'aumonerie a ete institutionnalise par une loi en 2021 et renforce après l'invasion de 2022.
Comment les communautes orthodoxes celebrent-elles les offices dans les zones de conflit ?
Dans les zones proches du front, les offices sont célèbres dans des sous-sols, des abris anti-bombes, des caves d'immeubles ou des batiments provisoires lorsque l'église a ete detruite. Les prêtres s'adaptent aux conditions : liturgies abregees, communions plus frequentes (car chaque occasion peut etre la derniere), baptemes dans des conditions de fortune. Dans les villes sous bombardement comme Kharkiv, les paroisses ont organise des offices reguliers dans les stations de metro utilisees comme abris. La Semaine Sainte et Paques sont célébrées meme sous les bombardements, les fideles considerant que la prière est d'autant plus necessaire en temps de guerre.
La guerre a-t-elle accelere la fracture entre les orthodoxes ukrainiens et le patriarcat de Moscou ?
Oui, de maniere significative. Avant l'invasion de fevrier 2022, l'EOU-PM du metropolite Onuphre comptait environ 12 200 paroisses et restait la plus grande structure orthodoxe en Ukraine. Depuis l'invasion, plus de 2 000 paroisses ont quitte l'EOU-PM pour rejoindre l'EOU autocephale du metropolite Epiphane. L'EOU-PM elle-meme a proclame son independance vis-a-vis de Moscou en mai 2022, supprimant toute référence au patriarcat de Moscou de ses statuts. La loi de 2024 sur les organisations religieuses a accentue cette dynamique en imposant un cadre legal aux ruptures de liens avec Moscou.