Le schisme orthodoxe russo-ukrainien : chronologie et enjeux (2018-2026)
2 avril 2026 · 24 min de lecture
La crise qui secoue le monde orthodoxe depuis 2018 autour de la question ukrainienne est la plus grave fracture ecclesiale depuis le Grand Schisme de 1054. Autocephalie, rupture de communion, guerre et legislation restrictive : cet article retrace avec rigueur et neutralite la chronologie des evenements, presente les arguments de chaque partie et dresse un etat des lieux de la situation en 2026.
Sommaire
- Contexte historique : l'orthodoxie ukrainienne entre Kiev et Moscou
- 2018-2019 : le processus d'autocephalie et le Tomos
- La rupture de communion Moscou-Constantinople
- 2019-2022 : les premieres annees de l'EOU
- L'invasion russe de 2022 et son impact sur l'Eglise
- La loi sur les organisations religieuses (2023-2024)
- Les transferts de paroisses
- Situation en 2025-2026
- Chronologie complete
- Questions frequentes
Le monde orthodoxe, fort de ses quelque 300 millions de fideles repartis en quinze Eglises autocephales, traverse depuis 2018 une crise sans precedent dans son histoire moderne. Au coeur de cette crise : le statut de l'Eglise orthodoxe en Ukraine, revendique a la fois par le patriarcat de Moscou et par le patriarcat oecumenique de Constantinople, avec des consequences qui depassent largement le cadre religieux pour toucher a la geopolitique, au droit international et a l'identite nationale ukrainienne.
Cet article s'efforce de presenter les faits avec neutralite et rigueur, en exposant les arguments de toutes les parties. Les questions canoniques liees a ce conflit font l'objet de divergences profondes entre theologiens et canonistes, et il n'appartient pas a un article encyclopedique de trancher ces debats.
Contexte historique : l'orthodoxie ukrainienne entre Kiev et Moscou
Pour comprendre la crise actuelle, il est indispensable de remonter aux origines de l'orthodoxie dans l'espace ukrainien.
Des origines au transfert de 1686
Le bapteme de la Rus' en 988, par le prince Vladimir de Kiev, fonde une metropole orthodoxe a Kiev, rattachee au patriarcat de Constantinople. Cette metropole de Kiev est la matrice commune de l'orthodoxie russe et ukrainienne. Pendant les XIe-XIIIe siecles, Kiev est le centre religieux inconteste de toute la Rus'.
Apres la devastation mongole (1237-1240) et la division politique de la Rus', le siege metropolitain se deplace progressivement vers le nord. En 1299, le metropolite Maxime quitte Kiev pour Vladimir, puis en 1325, le metropolite Pierre s'installe a Moscou. En 1458, la metropole se scinde officiellement en deux : la metropole de Moscou (sous l'influence du grand-prince de Moscou) et la metropole de Kiev (restee sous l'autorite de Constantinople, dans le territoire du grand-duche de Lituanie puis de la Pologne-Lituanie).
Le document central du litige actuel est la lettre du patriarche Denys IV de Constantinople de 1686, par laquelle la metropole de Kiev est transferee sous la juridiction du patriarcat de Moscou. Constantinople a accorde ce transfert sous la pression diplomatique de la Russie et dans des circonstances que les historiens jugent diversement :
- Position de Moscou : le transfert de 1686 est definitif et irrevocable ; il a ete dument approuve par Constantinople et a confere a Moscou la juridiction pleine et entiere sur l'Ukraine
- Position de Constantinople : la lettre de 1686 n'accordait qu'un droit de supervision temporaire (l'ordination du metropolite de Kiev), et non un transfert de juridiction definitif ; Constantinople n'a jamais renonce a ses droits canoniques sur le territoire ukrainien
Cette divergence d'interpretation, restee latente pendant trois siecles, est devenue le noeud gordien du conflit actuel.
L'Ukraine au XXe siecle : entre persecution et division
L'Eglise orthodoxe en Ukraine a connu les memes persecutions que l'ensemble de l'orthodoxie sous le regime sovietique. Les tentatives de creer une Eglise ukrainienne autocephale en 1921 (l'Eglise orthodoxe autocephale ukrainienne, EOAU) ont ete ecrasees par le pouvoir sovietique dans les annees 1930. Apres la Seconde Guerre mondiale, toutes les structures ecclesiastiques d'Ukraine etaient integrees au patriarcat de Moscou.
L'independance de l'Ukraine en 1991 relance immediatement la question ecclesiale. En 1992, le metropolite Filaret (Denysenko, ne en 1929), ancien metropolite de Kiev du patriarcat de Moscou et candidat malheureux au poste de patriarche de Moscou en 1990, proclame la creation du patriarcat de Kiev et se fait elire patriarche. Moscou le defroque et l'excommunie en 1997. Deux structures orthodoxes coexistent alors en Ukraine sans reconnaissance canonique internationale :
- Le Patriarcat de Kiev (UOC-KP) de Filaret, non reconnu par aucune Eglise orthodoxe canonique
- L'Eglise orthodoxe autocephale ukrainienne (EOAU), reconstituee en 1990, egalement non reconnue
A cote de ces deux structures, l'Eglise orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou (EOU-PM), dirigee par le metropolite Onuphre (Berezovsky, ne en 1944), reste la seule Eglise canoniquement reconnue en Ukraine, avec une large autonomie interne mais rattachee au patriarcat de Moscou.
2018-2019 : le processus d'autocephalie et le Tomos de Constantinople
Le processus qui conduit au Tomos d'autocephalie de 2019 debute formellement le 17 avril 2018, lorsque le president ukrainien Petro Porochenko demande officiellement au patriarche oecumenique Bartholomee Ier d'accorder l'autocephalie a l'Eglise ukrainienne. Cette demande est soutenue par la Verkhovna Rada (parlement ukrainien), qui vote un appel au patriarche oecumenique le 19 avril 2018.
Les decisions du Saint-Synode de Constantinople
Le 11 octobre 2018, le Saint-Synode du patriarcat oecumenique prend trois decisions historiques :
- Retablissement de la juridiction de Constantinople sur l'Ukraine — Constantinople annonce qu'il revoque la lettre synodale de 1686 et retablit sa juridiction directe sur le territoire canonique ukrainien
- Levee des excommunications — Le Synode leve les excommunications frappant Filaret (patriarcat de Kiev) et Macaire (EOAU), les retablissant dans leur dignite ecclesiastique
- Etablissement d'une stavropegie — Constantinople etablit une stavropegie (representation directe) a Kiev pour preparer l'octroi de l'autocephalie
Le Concile d'unification
Le 15 decembre 2018, un Concile d'unification se reunit dans la cathedrale Sainte-Sophie de Kiev, sous la presidence des representants du patriarcat oecumenique. Le concile reunit des eveques et des delegues du patriarcat de Kiev (UOC-KP), de l'EOAU et de deux eveques de l'EOU-PM qui ont rejoint le processus. Le metropolite Epiphane (Dumenko, ne en 1979) est elu primat de la nouvelle Eglise orthodoxe d'Ukraine (EOU, en ukrainien : Pravoslavna Tserkva Ukrainy, PTsU).
Le Tomos du 6 janvier 2019
Le 6 janvier 2019 (Theophanie selon le calendrier julien), le patriarche Bartholomee Ier remet solennellement le Tomos d'autocephalie au metropolite Epiphane lors d'une ceremonie au Phanar (siege du patriarcat oecumenique a Istanbul). Le Tomos definit les conditions de l'autocephalie : l'EOU est reconnue comme Eglise autocephale, avec le droit d'elire son primat et de gerer ses propres affaires, mais elle doit obtenir le Saint-Chreme de Constantinople et ne peut pas creer de dioceses hors du territoire ukrainien sans l'accord du patriarcat oecumenique.
La rupture de communion Moscou-Constantinople (octobre 2018)
La reaction du patriarcat de Moscou aux decisions de Constantinople est immediate et radicale. Le 15 octobre 2018, quatre jours apres les decisions du Synode de Constantinople, le Saint-Synode du patriarcat de Moscou annonce la rupture de la communion eucharistique avec le patriarcat oecumenique de Constantinople.
Cette rupture signifie concretement que les fideles et le clerge du patriarcat de Moscou ne peuvent plus communier dans les eglises du patriarcat de Constantinople et vice versa, que les concelebrations liturgiques sont interdites, et que les patriarches ne se rencontrent plus officiellement. C'est la rupture de communion la plus grave dans le monde orthodoxe depuis le schisme entre Constantinople et Rome en 1054.
Les arguments de Moscou
Le patriarcat de Moscou, sous la direction du patriarche Kirill (Goundiayev, ne en 1946, patriarche depuis 2009), avance que Constantinople a commis un acte anti-canonique en intervenant sur le territoire d'une autre Eglise autocephale sans son consentement. Moscou conteste la pretention de Constantinople a exercer un droit d'appel universel et a lever des excommunications prononcees par une autre Eglise. Moscou affirme que le transfert de 1686 est definitif et que l'Ukraine fait partie de son territoire canonique.
Les arguments de Constantinople
Le patriarcat oecumenique affirme qu'il detient, en vertu des canons 9 et 17 du Concile de Chalcedoine (451) et du canon 28 du meme concile, un droit d'appel et une responsabilite sur les territoires barbares (c'est-a-dire les regions qui ne relevaient pas d'un patriarcat existant a l'epoque des conciles). Constantinople soutient que la lettre de 1686 n'etait qu'un arrangement temporaire dont il avait le droit de mettre fin, et que l'octroi d'autocephalie est une prerogative du patriarche oecumenique.
La reaction des autres Eglises
Les autres Eglises orthodoxes autocephales se trouvent placees devant un choix difficile. La plupart adoptent une position de prudence, evitant de reconnaitre l'EOU mais evitant aussi de rompre la communion avec Constantinople. Le patriarcat d'Alexandrie (patriarche Theodore II), l'Eglise de Grece (archeveque Jerome II) et l'Eglise de Chypre (archeveque Chrysostome II puis Georges) reconnaissent progressivement l'EOU entre 2019 et 2023. En reponse, Moscou rompt ou restreint la communion avec ces Eglises. Les Eglises de Serbie, Bulgarie, Georgie, Antioche, Jerusalem, Pologne et Albanie ne reconnaissent pas l'autocephalie ukrainienne.
2019-2022 : les premieres annees de l'EOU
Les premieres annees de l'Eglise orthodoxe d'Ukraine autocephale sont marquees par des defis considerables : construction institutionnelle, transferts de paroisses, formation du clerge et recherche de reconnaissance internationale.
Le metropolite Epiphane, a 39 ans le plus jeune primat d'une Eglise autocephale, entreprend de structurer l'EOU. Des dioceses sont reorganises, un seminaire est ouvert, et des efforts sont faits pour developper une identite liturgique proprement ukrainienne (utilisation accrue de la langue ukrainienne dans les offices, a cote du slavon).
Les transferts de paroisses de l'EOU-PM vers l'EOU autocephale sont initialement lents et souvent conflictuels. Dans de nombreux villages, la communaute paroissiale est divisee : une partie souhaite rejoindre l'EOU, l'autre rester avec le patriarcat de Moscou. Les disputes portent sur la propriete des edifices de culte (beaucoup appartiennent juridiquement aux municipalites) et donnent lieu a des tensions locales parfois vives.
Pendant cette periode, l'EOU-PM du metropolite Onuphre reste la plus grande structure orthodoxe en Ukraine en nombre de paroisses (environ 12 200 paroisses enregistrees contre environ 7 000 pour l'EOU en 2021). L'EOU-PM insiste sur le fait que ses fideles sont des citoyens ukrainiens a part entiere et que leur lien canonique avec Moscou n'implique aucune allegiance politique.
L'invasion russe de 2022 et son impact sur l'Eglise
L'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 fevrier 2022 transforme radicalement la donne ecclesiale. L'evenement militaire a des consequences immediates et profondes sur les structures ecclesiastiques ukrainiennes.
La position du patriarche Kirill
Le patriarche Kirill de Moscou ne condamne pas l'invasion et prononce des sermons interpretes comme un soutien au conflit, invoquant la defense du "monde russe" (Rousski Mir) et la lutte contre les valeurs occidentales qu'il juge decadentes. Le 6 mars 2022, lors d'un sermon au premier dimanche du Grand Careme, il etablit un lien entre le conflit et la resistance a la "gay pride" imposee comme "test de loyaute" envers l'Occident. Cette position provoque la consternation dans une partie du monde orthodoxe.
Plusieurs eveques et theologiens du patriarcat de Moscou expriment cependant leur desaccord. Le metropolite Onuphre de l'EOU-PM, des le 24 fevrier, appelle a la paix et qualifie le conflit de "malheur" et de "repetition du peche de Cain". Plus de 300 pretres du patriarcat de Moscou signent une lettre ouverte appelant a la fin de la guerre.
La reaction de l'EOU-PM
Le 27 mai 2022, le Concile de l'EOU-PM prend une decision historique : il proclame son independance totale vis-a-vis du patriarcat de Moscou, modifiant ses statuts pour supprimer toute reference au patriarcat de Moscou et affirmant sa pleine autonomie dans sa gouvernance. Le metropolite Onuphre conserve la direction de l'Eglise. Toutefois, cette independance declaree n'est pas reconnue par Moscou (qui la considere comme insuffisante) ni par Constantinople (qui considere que seul le Tomos de 2019 confere une veritable autocephalie).
Le statut juridique et canonique de l'EOU-PM apres mai 2022 reste ambigu et fait l'objet de debats : est-elle encore liee a Moscou ? Est-elle de facto autocephale ? Doit-elle fusionner avec l'EOU du metropolite Epiphane ? Les reponses varient selon les interlocuteurs.
La loi ukrainienne sur les organisations religieuses (2023-2024)
Le 20 aout 2023, la Verkhovna Rada adopte en premiere lecture un projet de loi "sur la protection de l'ordre constitutionnel dans le domaine des activites des organisations religieuses", visant a interdire les organisations religieuses ayant leur centre de direction dans un Etat agresseur (c'est-a-dire la Russie). Apres amendements, la loi est adoptee definitivement le 20 aout 2024 et signee par le president Volodymyr Zelensky.
Contenu de la loi
La loi prevoit que les organisations religieuses affiliees a des centres situes dans un Etat qui mene une agression armee contre l'Ukraine doivent rompre tout lien organisationnel et canonique avec ce centre dans un delai de neuf mois. Une expertise est menee par le Service d'Etat pour l'ethno-politique et la liberte de conscience (DESSOC) pour determiner quelles organisations sont concernees.
Les arguments en faveur de la loi
Les partisans de la loi avancent des arguments de securite nationale : dans le contexte de la guerre, le lien canonique avec le patriarcat de Moscou — dont le patriarche a soutenu l'invasion — represente un risque pour la souverainete ukrainienne. Ils citent des cas documentes (par le SBU, service de securite ukrainien) de membres du clerge de l'EOU-PM ayant collabore avec les forces d'occupation russes.
Les critiques de la loi
Les critiques, y compris des organisations internationales de defense des droits humains, des gouvernements occidentaux et une partie du monde orthodoxe, expriment des inquietudes concernant la liberte religieuse. L'EOU-PM, par la voix du metropolite Onuphre, affirme avoir rompu ses liens avec Moscou des mai 2022 et considere la loi comme une pression injuste sur une Eglise qui a clairement condamne la guerre. Certains observateurs notent que la loi risque de punir des communautes de fideles ordinaires pour les positions politiques d'un patriarche etranger.
La Commission de Venise (organe consultatif du Conseil de l'Europe) a emis un avis nuance en decembre 2023, reconnaissant la legitimite des preoccupations securitaires tout en appelant a des garanties pour la liberte de culte des fideles concernes.
Les transferts de paroisses : de l'EOU-PM vers l'EOU autocephale
Les transferts de paroisses de l'EOU-PM vers l'EOU autocephale constituent l'un des aspects les plus concrets et les plus sensibles de la crise. Ces transferts se sont considerablement acceleres apres l'invasion de fevrier 2022.
Les chiffres
Selon les donnees disponibles (qui font l'objet de contestations entre les parties), le nombre de paroisses ayant quitte l'EOU-PM pour rejoindre l'EOU est passe d'environ 700 (entre 2019 et fevrier 2022) a plus de 2 000 supplementaires entre fevrier 2022 et fin 2025. L'EOU autocephale revendiquait environ 8 500 paroisses fin 2025, contre environ 9 500 pour l'EOU-PM (qui en comptait 12 200 avant les transferts).
Le processus de transfert
Le transfert d'une paroisse necessite un vote de la communaute paroissiale (assemblee des membres enregistres) a la majorite des deux tiers. Ce processus donne lieu a des tensions locales considerables : contestation de la composition des listes de membres, accusations de pressions exterieures (de la part des autorites locales ou des militants nationalistes, selon l'EOU-PM ; de la part du clerge pro-Moscou, selon l'EOU), litiges sur la propriete des edifices et des biens paroissiaux.
Dans les regions occidentales de l'Ukraine (Galicie, Volhynie), ou le sentiment national est le plus fort, les transferts ont ete massifs et rapides. Dans les regions centrales et orientales, plus russophones, le processus est plus lent et plus conflictuel. Dans les territoires occupes par la Russie, la question ne se pose pas : les paroisses y fonctionnent sous l'autorite du patriarcat de Moscou.
Situation en 2025-2026 : etat des lieux et perspectives
En avril 2026, la situation se presente comme suit :
L'EOU autocephale (metropolite Epiphane) est reconnue par cinq Eglises autocephales (Constantinople, Alexandrie, Grece, Chypre, et partiellement la Roumanie). Elle continue de croitre en nombre de paroisses et beneficie du soutien des autorites ukrainiennes. Son principal defi est la formation du clerge (de nombreux pretres transferes de l'EOU-PM n'ont pas recu de formation dans les seminaires de l'EOU) et la consolidation de ses structures diocesaines. L'EOU participe activement a la vie ecclesiale internationale et a developpe des liens avec la diaspora ukrainienne.
L'EOU-PM (metropolite Onuphre) reste une structure importante, avec plusieurs milliers de paroisses, mais elle fait face a une pression juridique croissante liee a la loi de 2024 et a une hemorragie de paroisses vers l'EOU. Le delai de neuf mois prevu par la loi pour rompre les liens avec Moscou expire en mai-juin 2025, et la question de la conformite de l'EOU-PM a cette loi reste un sujet juridique et politique majeur.
La rupture de communion entre Moscou et Constantinople perdure et ne montre aucun signe de resolution. Le patriarche Kirill maintient sa position, tandis que le patriarche Bartholomee defend la legitimite du Tomos. Les tentatives de mediation (notamment du patriarcat de Jerusalem) n'ont pas abouti.
Le conflit arme continue d'impacter profondement la vie religieuse en Ukraine. Les eglises detruites ou endommagees se comptent par centaines, les communautes sont dispersees, et la question de la reconstruction du patrimoine religieux se pose deja.
Chronologie complete
| Date | Evenement |
|---|---|
| 988 | Bapteme de la Rus' de Kiev par le prince Vladimir. Metropole de Kiev sous Constantinople |
| 1299 | Le metropolite Maxime quitte Kiev pour Vladimir |
| 1325 | Le metropolite Pierre s'installe a Moscou |
| 1458 | Scission en deux metropoles : Moscou et Kiev |
| 1596 | Union de Brest : creation de l'Eglise greco-catholique en Ukraine occidentale |
| 1686 | Transfert de la metropole de Kiev sous la juridiction de Moscou (lettre du patriarche Denys IV) |
| 1921 | Creation de l'Eglise orthodoxe autocephale ukrainienne (EOAU), ecrasee par les Sovietiques dans les annees 1930 |
| 1990 | Reconstitution de l'EOAU en Ukraine independante |
| 1991 | Independance de l'Ukraine |
| 1992 | Filaret cree le Patriarcat de Kiev (UOC-KP). Moscou le defroque en 1992, l'excommunie en 1997 |
| 17 avril 2018 | Le president Porochenko demande l'autocephalie au patriarche Bartholomee |
| 11 octobre 2018 | Le Synode de Constantinople revoque la lettre de 1686, leve les excommunications de Filaret et Macaire |
| 15 octobre 2018 | Moscou rompt la communion eucharistique avec Constantinople |
| 15 decembre 2018 | Concile d'unification a Sainte-Sophie de Kiev. Election du metropolite Epiphane |
| 6 janvier 2019 | Le patriarche Bartholomee remet le Tomos d'autocephalie au metropolite Epiphane au Phanar |
| Novembre 2019 | Le patriarcat d'Alexandrie (Theodore II) reconnait l'EOU |
| Octobre 2019 | L'Eglise de Grece (archeveque Jerome II) reconnait l'EOU |
| Octobre 2020 | L'archeveque Chrysostome II de Chypre commemore le metropolite Epiphane |
| 24 fevrier 2022 | Invasion de l'Ukraine par la Russie |
| 24 fevrier 2022 | Le metropolite Onuphre (EOU-PM) appelle a la paix et condamne la guerre |
| 6 mars 2022 | Sermon controverse du patriarche Kirill sur le "monde russe" |
| 27 mai 2022 | Le Concile de l'EOU-PM proclame son independance vis-a-vis de Moscou |
| 2022-2025 | Acceleration des transferts de paroisses de l'EOU-PM vers l'EOU autocephale |
| 20 aout 2024 | Adoption definitive de la loi ukrainienne sur les organisations religieuses liees a la Russie |
| 2024 | L'Eglise orthodoxe roumaine reconnait partiellement l'EOU |
| 2025-2026 | Application de la loi. Poursuite des transferts. Situation non resolue |
Questions frequentes
Qu'est-ce que le Tomos d'autocephalie accorde a l'Ukraine ?
Le Tomos est un document officiel emis par le patriarcat oecumenique de Constantinople le 6 janvier 2019, reconnaissant l'Eglise orthodoxe d'Ukraine (EOU) comme la 15e Eglise orthodoxe autocephale. Le Tomos accorde a l'EOU le droit de se gouverner elle-meme (elire son primat, gerer ses affaires internes) tout en maintenant certains liens avec Constantinople : l'EOU ne peut pas creer de dioceses hors d'Ukraine sans l'accord de Constantinople, et elle recoit le Saint-Chreme du patriarcat oecumenique. Le Tomos a ete signe par le patriarche Bartholomee Ier et remis au metropolite Epiphane.
Pourquoi le patriarcat de Moscou refuse-t-il l'autocephalie ukrainienne ?
Le patriarcat de Moscou avance plusieurs arguments : premierement, il considere que le territoire canonique de l'Ukraine lui appartient depuis la lettre de transfert du patriarche Denys IV de Constantinople en 1686 ; deuxiemement, il estime que Constantinople a outrepasse ses prerogatives en agissant unilateralement sur le territoire d'une autre Eglise autocephale ; troisiemement, il refuse de reconnaitre la validite des ordinations du patriarcat de Kiev (Filaret), qu'il considere comme schismatique depuis 1992. Le patriarcat de Moscou a rompu la communion eucharistique avec Constantinople en octobre 2018 en reponse a cette decision.
Combien de paroisses a l'Eglise orthodoxe d'Ukraine (EOU autocephale) ?
Selon les statistiques officielles de l'EOU, le nombre de paroisses a considerablement augmente depuis 2019, passant d'environ 7 000 au moment du Tomos a plus de 8 500 en 2025. Cette croissance est due principalement aux transferts de paroisses de l'ancienne Eglise orthodoxe ukrainienne liee au patriarcat de Moscou (EOU-PM), transferts qui se sont acceleres apres l'invasion russe de fevrier 2022 et apres l'adoption de la loi sur les organisations religieuses en 2023-2024. Les chiffres exacts font l'objet de contestations entre les parties.
Quelles Eglises orthodoxes ont reconnu l'autocephalie ukrainienne ?
En 2026, l'autocephalie de l'EOU a ete reconnue par le patriarcat oecumenique de Constantinople (2019), le patriarcat d'Alexandrie (2019), l'Eglise de Grece (2019), le patriarcat de Chypre (2020, confirme en 2023), et l'Eglise orthodoxe roumaine (reconnaissance partielle en 2024). Les Eglises d'Antioche, de Jerusalem, de Russie, de Serbie, de Bulgarie, de Georgie, de Pologne, d'Albanie et des Republiques tcheques et de Slovaquie n'ont pas reconnu l'autocephalie. Cette division reflete les tensions geopolitiques et ecclesiologiques au sein du monde orthodoxe.
Le schisme orthodoxe russo-ukrainien peut-il etre resolu ?
La resolution du schisme apparait tres difficile a court terme. Elle supposerait un consensus entre Constantinople et Moscou sur le statut canonique de l'Ukraine, ce qui est impossible tant que dure le conflit arme. A plus long terme, un concile panorthodoxe ou un processus de mediation pourrait etre envisage, mais les precedents historiques (le Grand Concile de Crete en 2016, boycotte par Moscou) ne sont pas encourageants. Certains theologiens estiment que la situation actuelle pourrait durer des decennies, comme ce fut le cas pour d'autres schismes dans l'histoire orthodoxe (le schisme bulgare de 1872-1945, par exemple, dura 73 ans).